Le port de Boulogne

Nous voici au port de Boulogne, comme sur le sein d’une femme de caractère qu’on a laissé s’endormir depuis plusieurs dizaines d’années.
Par temps lourd, l’air se charge d’odeurs de poisson pané…
Cette femme respire encore…

Enfant, je croyais que la chanson Chacun fait c’qui lui plaît désignait cette ville côtière du Pas-de-Calais.
Pendant qu’ Boulogne se désespère j’ai d’quoi m’remplir un dernier verre..
La chanson fait référence à une parole de Sartre sur Boulogne Billancourt !

A Boulogne, « Boulogne-vraiment-sur-la-mer », on désespère surtout de revoir de l’industrie et surtout du poisson. Plus de 130 000 tonnes/an déchargées dans les années 70.  Plus que 30 000 maintenant… Longtemps premier port de pêche français en tonnage débarqué, Boulogne s’est fait détronner tout récemment par Lorient, cependant que Capécure, fleuron économique de la ville, reste un leader européen de l’industrie de la transformation du poisson. Tout en restant dépendant d’une compétition internationale acharnée …

a55-121013boulogne17

A Boulogne, on désespère aussi qu’un porte containers de peintures de toutes les couleurs vienne échouer sur la Pointe de la Crèche. Ce qui aurait permis de ravaler les façades de la cité.  On sent qu’il ne manque presque rien pour donner un charme incroyable à celle-ci.  Cela aurait pu compenser la baisse de fréquentation touristique consécutive à la disparition du trafic transmanche sur la ville.

La ville a de surcroît des atouts. Il y a, perché sur les hauteurs, une citadelle charmante, ceinte de remparts antiques et possédant un musée remarquable. Il y a un marché très animé chaque samedi matin, place Dalton. Il y a, certes, l’intrigante statue de Napoléon tournant le dos à l’Angleterre… Il y a bien-sûr Nausicaa, un des plus grands aquariums d’Europe…

Mais la véritable attraction, c’est encore le quai Gambetta et ses étals de poissons.
Ils sont une vingtaine en tout, approvisionnés par les arrivages du jour débarqués de plusieurs dizaines de navires de pêche artisanale.
Ces navires sont alignés le long du quai le dimanche, jour de repos,  quai Gambetta, là où la Liane rencontre la mer.

Cliquez sur les images

Les femmes de la mer, les femmes de Boulogne, l’âme féminine de Boulogne est là, parmi ces étals, et c’est en soi aussi un spectacle que de voir celles-ci s’affairer à préparer le poisson sous le regard attentif des clients et des passants…
Femmes de marins-pêcheurs et fruit de la pêche de chaque jour sont ici réunis sur 100 mètres d’un linéaire des plus attrayants pour les amateurs poisson de saison…
Femmes laborieuses, attachantes. Elles font virevolter les écailles comme des poussières d’argent sur leur vêtements…
Mais les gants et les tabliers ne cachent ni l’élégance, ni l’inquiétude des femmes de marins.
La mer est une mère qui donne et une sirène qui reprend, même aujourd’hui.

Tous les deux ans, une autre attraction s’offre à la ville à l’occasion des fêtes de la mer organisées par la Fédération Régionale pour la Conservation du Patrimoine Maritime. Il s’agit d’un véritable hommage populaire aux gens de mer et aux navires vénérables qu’ils ont pu préserver des outrages de l’eau salée, des embruns et du temps… De la rentabilité aussi…

Cliquez sur les images

Hommage, aussi, aux fastes du passé, quand Boulogne se distinguait déjà , dès le XIXème siècle, comme un des principaux port de pêche français. La pêche au hareng ou au Maquereau, bien sûr… Une pêche qui suivait  le poisson au fil de la saison en Islande et ailleurs… La pêche au poisson frais sur les côtes, surtout.

img_5260

On trouvera Quai Gambetta les locaux de l’IFREMER et non loin de ceux-ci, le navire (ci-dessus) consacré à la recherche scientifique.

On trouvera aussi, Quai Gambetta les âmes qui rêvent de départs, ou de rencontres…

a55-121013boulogne73

Vous m’êtes tout à fait inconnue…
Vous attendiez, belle et paisible.
Vous étiez bien, là, devant les bateaux.
Comme l’est cette ville…
A cet instant, j’ai été gagné par cette quiétude qui semblait vous étreindre.
Alors j’ai pris cette photo.

La prochaine étape sera un tantinet moins…bucolique, disons…
Cap sur Capécure et sur l’industrie du poisson !

A savoir encore :

• Sur la création des 4 grands immeubles de bords de mer, un excellent petit dossier réalisé par la ville.
• Une page d’Histopale permettant d’accéder à l’histoire de la ville : l’étonnante tour Caligula, les vieilles photos du marché place Dalton, d’anciennes affiches…
 D’autres photos anciennes du port et particulièrement du quai Gambetta, ici
• Sur la situation de la pêche à Boulogne, voir le prochain article sur Capécure…
• Pour commencer à comprendre tranquillement  le rôle de l’Ifremer, notamment en Manche et mer du Nord…

Publicités

La plage de Boulogne

Boulogne-sur-mer…
La ville ressemble à un gradin monté depuis plusieurs millions d’années pour le seul spectacle de la mer.
Un cirque dont la plage au nord de la ville serait la piste.

Cliquer sur les photos.

Justement nous y voici, sur cette plage…
Les hommes y jouent toutes sortes de petits numéros.
Pour leur agrément, sous le regard des badauds.
Des planches, des chars, des cerfs-volants…
Les tours se jouent du vent.
La marée les efface.

Cliquer sur les photos.

Plus loin , les phoques prennent la relève du ballet éolien derrière une vitre improbable. Nausicaa, centre de la mer construit en lieu et place de l’ancien casino, offre une fenêtre sur son propre spectacle…
img_5247

La plage de Boulogne, la première en France à accueillir un établissement de bains de mer (dès 1785), est devenue par la suite un lieu balnéaire important. Une centaine de « voitures baignoires » permettait la mise au bain des dames en ménageant leur pudeur. Et le sable entre les orteils…
Les installations industrielles jouxtant le port ont par la suite déprécié l’intérêt du site. Ce qui n’empêche pas que la plage soit bien fréquentée aujourd’hui, la disparition des infrastructures les plus laides aidant.

Avant d’aborder la situation problématique de la pêche , laissons-nous entraîner encore quelques instants par le ballet des chars à voiles (photos plus haut) et par la  » pêche dans la vague »…

a54-091113wimereuxboul222

a54-091113wimereuxboul243

Prochaine étape : Le quai Gambetta et son port de pêche artisanale, toujours vivant !

Renseignements utiles :

• la plage est très facile d’accès et peut être fréquentée en permanence, ce qui n’est pas le cas de Wimereux et de Wissant, par exemple.
• L’histoire de Boulogne est  
• Un beau tableau de Manet sur la plage de Boulogne-sur-Mer

 

 

La Pointe de la Crèche

Un fort buriné par l’offensive des éléments et les rafistolages de maçonnerie, Une voie ferrée rongée. Les digues noires de Boulogne pour horizon. Des ambiances grises, renforcées par le gros temps qui s’annonce.
Alors j’ai tout passé en noir et blanc. Le lieu, le temps, les gens, la marée… tout m’y amenait. Les nuances de gris capturent mieux, je crois, l’éternité de ce lieu désolé, pourtant chargé d’histoire et d’improbables activités, que le regard perçoit une fois l’esprit libéré de ses appréhensions.

Cliquez sur les vues

Il y a là un fort. Un fort Séré de Rivières, comme on dit. Le Vauban du XIXème siècle, comme on dit aussi. Il y a là des rails partant d’une digue totalement désertée, dont on ne comprend pas bien où ceux-ci devaient mener. Et cette énorme digue, sorte de pierre philosophale qui se serait couchée, que la marée sépare du continent.

Cliquez sur les vues

Il y a eu aussi un empereur, Napoléon, qui tint campement et y distribua les premières légions d’honneur.Il y a aussi des parcs à moules et des pêcheurs professionnels à l’oeuvre sur leur parc avant l’immersion.

Version 2

Il y a la dernière vue sur Wimereux, l’entrée du port de Boulogne et ses activités de loisir…

Cliquez sur les vues

Il y a enfin la richesse naturelle, que l’on tente de protéger de la forte fréquentation humaine. Un pâturage adapté au maintien de certaines espèces botaniques y est depuis longtemps installé.

a54-081212wimereuxboul47

La Pointe aux Oies fait un peu oublier sa voisine, encline à accueillir la rudesse de la ville portuaire de Boulogne qui la jouxte. Ce qui rend la Pointe de la Crèche un peu déconcertante, de ce fait.

Le Pointe de la Crèche, fenêtre avec vue sur la mer… Et vitres teintées de mélancolie.

a54-081212wimereuxboul19

On arrive à Boulogne !

Renseignements pratiques :

Wimereux

La naissance d’une station balnéaire ressemble souvent à une partie de Sim City, Comme pour la majorité d’entre elles, la construction de la ville de Wimereux s’est jouée en version 1.9. Nichée entre la Pointe aux Oies et la Pointe de la Crèche, c’est en effet au 19ème siècle et à la révolution industrielle que la bourgade littorale doit, comme d’autres, sa raison d’être.

a54-160913wimereux22

Les jours heureux de Wimereux

Un empereur, d’abord, passe par là et décide de faire construire une ville pour sa Grande armée. Le projet ne se fait pas mais donne peut-être l’idée au maire de Wimille, dont dépend le hameau de Wimereux, de vendre des terrains pour y bâtir. Il se trouve aussi que le train y passe. Trop bien ! a-t-on du s’exclamer. Alors on construit une gare, puis une église et l’affaire est partie ! On est en 1867. Le train s’arrête pour la première fois dans ce hameau qui ne s’arrêtera plus, quant à lui, de grandir et de s’enrichir, jusque dans les années 30.

a54-100916-wimereux-22Le long du fleuve côtier, le Wimereux, auquel la ville doit son nom, on embrasse l’histoire des premiers pas de la ville : le pont ferroviaire, l’église, les premiers hôtels et le pont routier.

La crise (qui refroidit d’abord l’ardeur des Anglais jusqu’alors aussi déterminants dans l’essor de la ville que l’ont été les bourgeois et artistes nordistes et parisiens) puis la Seconde guerre ont stoppé l’élan de la première station balnéaire de la côte d’Opale, devenue commune autonome en 1899 et qui conserve encore aujourd’hui un charme indéniable, grâce à la plage et aux villas.

Au sortir de la guerre, Wimereux verra sa population renforcée par d’autres résidents, les « banlieusards » de Boulogne-sur-Mer, toute proche.

Et maintenant ?

De la frénésie de la Belle Epoque, il reste quelques villas , un véritable trésor pour l’Office de tourisme.

Cliquez sur les images

Il reste aussi une promenade le long du perré souvent noir de monde.

Cliquez sur les images

Bien sûr, la plage…

Cliquez sur les images

Et les cabines de plages « customisées », curieusement étalées devant les entrées des maisons en front de mer…

Cliquez sur les images

Sans oublier la station marine de Wimereux, qui devrait faire l’objet d’un prochain dossier…

L’avenir

Wimereux est une des stations les plus menacées par l’érosion littorale de la côte d’Opale. Chaque grande marée provoque l’assaut impressionnant des vagues que les brise-lame, disposés sur le perré, rendent plus spectaculaires qu’ailleurs…

Cliquez sur les images

Le perré a cédé en 2015 aux coups de boutoir des flots lors des gros coefficients de février.

Cliquez sur les images

Comme à Wissant, dans les premiers temps, on a procédé à l’enrochement des parties effondrées. Mais l’ensemble du perré semble fragilisé.

a54-160913wimereux01

Petit à petit s’éloignent le souvenir des courses à l’hippodrome et celui d’un certain Marconi, qui installa le premier télégraphe entre la France et l’Angleterre, ou plus loin encore, le « crash » du ballon dirigeable de Pilâtre de Rozier, première victime d’un accident aérien. La ligne de tramway jusque Boulogne a été démontée, le curieux train Renard desservant Ambleteuse et Audresselles mis à la casse. On vient maintenant chercher péniblement une place de parking pour quelques heures de soleil, d’écume, de frais, selon les caprices des saisons.

Mais cela en vaut bien la peine et Wimereux le mérite. La première station du littoral reste très belle.

Cliquez sur les images

Prochaine étape : la Pointe de la Crèche !

Renseignements utiles :

• Tout pour la promenade tranquille, tout pour la baignade facile. Idem pour les sports nautiques. A part peut-être les chars à voile, il y a tout.
• L’histoire un peu plus détaillée de Wimereux est sur une page du site de la Ville. Pour une analyse beaucoup plus approfondie du patrimoine, de son histoire, de son identité, il est particulièrement intéressant de consulter ce dossier passionnant d’Olivier Lazzarotti sur le précieux site In Situ : Wimereux, station balnéaire de villégiature : la machine à habiter.
• Une fois n’est pas coutume, sur Wikipedia, un article assez bien fait sur les stations balnéaires : quand ? pourquoi ? comment ?
• Sur les aléas « Submersion marine » et les préconisations d’urbanisme, un pdf de la préfecture. Pour la carte qui concerne Wimereux, charger ici. A lire et à méditer avant d’acheter, de vendre ou de construire. Assez récemment (2014), l’évaluation des risques a été rehaussée.
• Un bel ouvrage, encore signé d’Olivier Lazzarotti, Rivages du Boulonnais, aux Editions A.M.A. Pour comprendre la dynamique du littoral et le fonctionnement de ses ouvrages de défense. Chaque foyer résidant entre Wissant et Wimereux devrait l’avoir !
• Le site du Laboratoire d’Océanologie et de Géosciences, en attendant le dossier.

La Pointe aux Oies

Nouvelle avancée vers la mer et première prise de hauteur depuis le cap Griz-nez… La Pointe aux Oies, sans doute nommée ainsi à cause de l’importance du passage des migrateurs, permet d’embrasser du regard Ambleteuse, côté nord et d’apercevoir la digue Carnot de Boulogne, plus au sud.
La marée descendante découvre une très belle plage parsemée de masses rocheuses assez basses,  propices à la colonisation du site par les moules.

Cliquez sur les images

Des oiseaux, il y en a. Des coquilles de crustacés aussi. Ceci explique peut-être cela.

Cliquez sur les images

Des gens aussi il y en a. Autant qu’il y a de place pour marcher, d’arénicoles à pomper, de moules à cueillir, de bars à pêcher, de paysages à contempler, en vareuse, des hauteurs ou à l’abri, en prenant son petit déjeuner…

Cliquez sur les images

C’est un site à histoires. Histoire de préhistoire, histoire d’empereurs, d’observatoire et d’envahisseurs que la mer envahit, que le vent finit.

Cliquez sur les images

Erosion du trait de côte. Erosion des traits de l’histoire .
Des souches d’arbres vénérables, apparentes ça et là sur l’estran, ont pourtant été conservées dans la tourbe depuis plus de 10 000 ans. Leur trace en tout cas, aura résisté plus longtemps que le béton des hommes.

A53-160214PointeAuxOies02

Prochaine étape :  Wimereux, à laquelle la pointe est rattachée.

Renseignements utiles

• La Pointe aux Oies et sa plage se laissent accéder aisément. La Promenade de la baie de Saint-Jean passe par la Pointe aux Oies, partie intégrante de la promenade de la Slack, particulièrement recommandée au printemps après la pluie.
• Les amateurs d’archéologie trouveront interêt à cette étude de vestiges paléolithiques trouvés dans la tourbe de la pointe aux oies.
• Voici un excellent article sur les traces, vieilles de 12000 ans, de la forêt de la Pointe aux OiesPour en savoir plus sur le milieu naturel du secteur, la fiche du Muséum d’histoire naturelle 

Ambleteuse

A marée basse, par temps calme cette petite ville côtière est une reine. De ces reines nonchalantes et maternelles qui enveloppent de leur traîne tous les sujets : les baigneurs, les pêcheurs, les plaisanciers, les vendeurs de glaces et les promeneurs qui les mangent…

Ambleteuse, c’est l’endroit où je vais me baigner.

La plage n’est pas des plus accueillantes pour s’y allonger ou s’y tremper. Il y a bien du sable, mais pas en haut de plage. Il y a aussi des rochers. Il faut donc connaître un peu pour évoluer dans l’eau sans s’estropier. À cause de cela, la plage n’est donc pas remplie de baigneurs. Ceux qui se risquent se parlent, comme s’ils se connaissaient, comme si nager à Ambleteuse constituait une particularité qui les rendrait proches, complices… Ils partagent sans doute le goût des lieux un peu sauvages, un peu rebelles, un peu vivants.

Cliquer sur les images

La plage est également vivante de la diversité de ses amateurs. On se plait à regarder tout en nageant les bateaux remonter au rythme du ballet des vieux tracteurs pimpants de couleurs, les chasseurs sous-marins ceinturés de leurs prises, les pêcheurs à pied courbés comme les paysans l’étaient jadis dans leurs champs, sans oublier les minots tantôt en botte, tantôt couverts d’une serviette de bain trois fois plus longue qu’eux.

Cliquer sur les images

Les rochers donnent du caractère, mais surtout, il y a le fort. Un fort Vauban, puissant, trapu, en prise directe avec la mer comme on n’en voit plus souvent. Ce petit fort, vraiment, fascine. Il aliène notre regard. Tant et si bien qu’il parait inimaginable de prendre une photo présentant la ville sans que l’édifice ne soit au moins en arrière-plan.

Cliquer sur les images

Le fort protégeait un port militaire aujourd’hui ensablé.

Le fort d’Ambleteuse a failli disparaitre comme celui d’Audresselles. Mais il a rencontré des amis qui l’ont à leur tour protégé.

Et puis, au cours du XIXème siècle les rivages d’Ambleteuse ont été désertés.  Alors que Napoléon prenait lui-même soin de cette position stratégique, par la suite, l’évolution des rapports avec l’Angleterre ne justifiait plus la présence d’une armada mouillant sur ce littoral. De plus, il n’y avait pas de pêcheurs, sans doute à cause de l’importance de la présence militaire dans une baie pas très grande. Le port, taillé le long de la rivière Slack s’est alors ensablé.

Cliquer sur les images

Et les quelques pêcheurs qui s’y sont installés devaient déjà tirer sur le sable des navires adaptés, les flobards.
De pauvres gens qui « boutaient à flot » péniblement des navires, d’autres, encore plus pauvres, qui pêchaient à pied ou cueillaient les moules, avant la ruée vers les cabines de bain, c’était ça, Ambleteuse.

A52-131008Ambleteuse06
Aujourd’hui, les tracteurs font le travail de mise à flots

Un parc à huîtres (dont on trouve encore les vestiges dans ce qui reste aussi de la baie) et une fontaine semblaient constituer les seules curiosités du secteur.

Il a fallu qu’un bourgeois éclairé dépasse le sentiment de désolation que semblaient provoquer les lieux pour croire à l’opportunité d’y édifier une station balnéaire que les deux grandes guerres ont abîmée et détournée de la plaisance sans vraiment y parvenir. A la première, les anglais, les portugais et même des chinois y étaient cantonnés. A la deuxième, une fois l’armée française en déroute, ce sont les allemands qui s’y sont installés pour veiller au Mur de l’Atlantique.

Cliquer sur les images

L’oeil du fort a beau être fardé de béton depuis ce temps, le musée de la guerre a beau dominer les hauteurs de la ville et des navires militaires peuvent toujours s’exercer à l’horizon, rien n’y fait. Malgré l’atmosphère surannée que dégagent rues et maisons, Ambleteuse a changé de genre. Fini la guerre, place à la reine aux parfums de gaufre et de crème solaire que les belges, les allemands, les hollandais et les ch’tis ne se lassent pas de tartiner.

A52-070914SudAmbleteuse044

Prochaine étape : la Pointe aux Oies

Renseignements utiles :

• L’agréable promenade le long du perré aboutit sur la Slack, au sud du fort. Cette barrière naturelle oblige à emprunter la rue de l’Ecluse jusque la D 940 qui traverse la Slack. Le petit parking en contrebas accède à un chemin pavé permettant de rejoindre la côte. Ce parking est le départ d’une promenade ravissante dans les dunes boisées et buissonnantes permettant de rejoindre la pointe aux Oies : la promenade de la Slack (on peut prolonger par la promenade de la baie de Saint-Jean).

• Pour approfondir ses connaissances, se procurer le livre de Daniel Leunens, Ambleteuse, une histoire moderne, aux éditions A.M.A. dont je n’ai qu’effleuré les histoires.

• Les Amis du Fort d’Ambleteuse à qui l’on doit de pouvoir admirer cet édifice aujourd’hui

..

Audresselles

Le perré s’érige comme un rempart entre la mer et ses questions importunes d’un côté, et les habitants et leurs secrets de l’autre. Qui peut savoir la part de vérité des histoires racontées à propos d’Audresselles, « village assis au coeur de la mer » ?

Pauvres pêcheurs

Ce qui est certain, c’est qu’Audresselles s’est depuis très longtemps consacré à la pêche et la plupart de ses habitations en témoignent encore à ce jour.

Cliquer sur les photos

La plage constitue un  port d’échouage pour les flobarts, les doris, et toute sortes d’embarcations employées aujourd’hui pour pratiquer la pêche de plaisance. Il n’y aurait plus qu’un seul pêcheur artisanal professionnel armant un doris métallique alors qu’Audresselles, longtemps 3ème port de pêche du secteur après Boulogne et Etaples, en comptait encore plusieurs dizaines au début des années 80.

Cliquer sur les photos

Audresselles est aussi connu pour la pêche à pied. Jadis pratiquée par les plus pauvres, elle intéresse aujourd’hui de nombreux vacanciers. Des professionnels aussi… L’abondance de roches incite les moules à beaucoup s’attacher à l’endroit. On trouve aussi des crabes. Jadis, les langoustes étaient fréquentes mais on dit ici que la préférence des mangeurs pour les langoustes plutôt que pour les crabes a permis à ces derniers de s’installer au détriment de la première espèce. La pêche à pied pouvait aussi consister à attraper des poissons dans des filets étendus sur le sable à marée basse. La vie s’alternait alors ainsi tantôt « al côte » pour pêcher, tantôt « al route » pour mendier. On faisait aussi du pâté avec les oiseaux côtiers.

A51-110808Audresselles01Les pêcheurs en surfcasting apprécient également les eaux  mises en mouvement par les rochers.

Et naufrageurs !

L’activité de pillage résultant de l’échouement des bateaux sur la « côte de fer »(nom donné au cap d’Audresselles) est tout à fait attestée. Le naufrage pouvait être provoqué délibérément par les populations locales. Il semble même s’agir d’une spécialité locale encouragée pendant un temps par le « droit de lagan »,  qui permet de disposer librement de ce qui est laissé par la mer, du varech jusqu’au contenu des bateaux ennemis. La provocation d’un échouement étant alors de bon aloi dans ce cas, alors on en maîtrisait bien les techniques. Tant qu’à faire…

A51'-090214Audresselles70A Audresselles on ne naufrageait pas seulement. On sauvait aussi les gens. Une station de sauvetage y a même existé pendant un temps, vers le cap Griz-nez, au nord du village, non loin du ruisseau du Noirda.

Le lieu touristique d’aujourd’hui.

Du perré ancien qui protège le village des assauts de la mer, de la côte de fer, véritable cascade de rochers semblant déborder du village sur l’entrant comme le ferait la lave d’un volcan, des petites maisons de pêcheurs, il ressort un charme authentique que les villas balnéaires on su respecter. Audresselles est désormais une station touristique appréciée pour la force de caractère de ses traits. Moins de la moitié des 600 maisons du village est aujourd’hui occupée par des résidents permanents.

Cliquer sur les photos

Il aurait encore à dire sur cette cité où a failli voir le jour un grand port financé par des investisseurs anglais (un projet avorté à la grande joie de Boulogne et de Calais), ainsi qu’une grande gare dont la municipalité rêvait…
Mais Audresselles est resté ainsi, un village assis au coeur de la mer, que le charme baigne, pour la plus grande joie des estivants belges, allemands, bataves, nordistes appréciant le grand air, la nature, la sobriété architecturale, les beautés simples et les embruns.

A51''-071012Audresselles012L’horizon au large d’Audresselles

Prochaine étape : Ambleteuse.

A50-090716-AUDRESELLES - 4Ambleteuse, vue à partir de la plage d’Audresselles.

Renseignements utiles :

• La plage parait difficilement accessible au prime abord. La structure des rochers permet d’évoluer assez facilement dessus. Attention toutefois au risque de glissade. A marée haute, il est conseillé d’opérer un repli stratégique vers les terrasses des cafés à l’ambiance sympathique et protégés des embruns. Il n’y a pas de digue piétonne mais des incursions entre les villas pour voir la mer et descendre sur la plage, ce qui peut rendre la promenade quelque peu déroutante. Au nord du village la promenade s’avère également un peu compliquée.

• Pour tout savoir sur l’histoire du village, la lecture d’un excellent ouvrage de Daniel Leunens sur lequel j’ai pu m’appuyer, est particulièrement conseillée.

• Des photos d’Histopale sur le village et sur la plage et les villas 

Le cap Gris-Nez

C’est un endroit où se côtoient havre et chaos.
Un promontoire gris comme la cendre sur la peau d’un vieux guerrier. Un guerrier de 160 millions d’années qu’un baume chlorophyllien vient apaiser.

lUuTw

L’Angleterre que l’on distingue si bien comme ici par temps clair n’est plus qu’à 28 kilomètres… Cette proximité a fait que la plage du cap accueillait les porteurs de dépêches entre le continent européen et le Royaume-Uni tout comme la baraque Fricot, le local où atterrissait côté français le câble sous-marin du télégraphe. Les nageurs traversant le détroit choisissent souvent la plage de la Sirène comme point de départ ou d’arrivée de leur périple.
Jean-Marie Salati, un Italien, soldat de la Grande armée prisonnier des Anglais aurait été le premier à traverser le détroit en 1818 en prenant la fuite. La première traversée officielle date de 1875. Matthew Webb devait justement arriver sur la plage du Griz-nez mais atterrit sur la plage des Baraques à Sangatte, après avoir passé 22 heures dans l’eau.
Plusieurs milliers de nageurs et nageuses prendront leur suite.

Malgré tout, il n’est pas bon d’être aussi près d’Albion, en temps de guerre, surtout.
Audinghen, la commune englobant les 7 kilomètres du cap, a été de ce fait maintes fois dévastée.
Calvaires et clocher singuliers sont ostensiblement dressés, comme pour éloigner le danger.
La muséification de la dernière grande guerre, comparable à celle des plages du débarquement, semble aussi vouloir exercer le même exorcisme.

Havre et chaos. Agrément touristique et paysager d’aujourd’hui, sur une terre de labeur, de guerre et de souffrance passées, voilà ce qu’est le cap Gris-nez.

Les Epaulards piégés par une Sirène

Nous sommes côté calme, au nord du cap, un peu à l’abri de sa pointe. Une petite plage fermant la baie de Wissant permet la mise à l’eau des embarcations. La plage de la Sirène est jonchée de pierres disposées en ellipse. Cette curiosité  s’explique par un anticlinal, autrement dit, un pli géologique en forme de chapeau chinois. Ou d’accent circonflexe si l’on préfère. De la sorte, les strates géologiques plongent à l’oblique, presque verticalement. L’érosion marine, en entamant rapidement les parties les plus meubles, met en exergue les strates de grès polis par les éléments. Ce sont ces rochers que l’on désigne ici sous le nom d’Epaulards, parce que leur forme suggère le dessin de la nageoire dorsale du cétacé en question.

Cliquez sur les photos

Le cap Blanc- nez joue à chat avec les rayons du soleil tandis que la mer, jalouse, écume. La Sirène s’est offert un restaurant doté d’une des plus belles vues sur le littoral français. Elle lui a d’ailleurs donné son nom. Les Epaulards accompagnent les « pêcheurs dans la vague ».  Bientôt, les flobarts rentreront…

Gris-nez, beau-nez… Voyons maintenant le haut du nez…

Sur la falaise...

De la plage de la Sirène, un petit chemin monte en serpentant autour de maisons. Au plus haut, nous dépassons alors le niveau de la mer de 45 mètres. Un phare reconstruit dans les années 50 domine le lieu. C’est au pied de ce phare que le Cross Griz-nez, véritable tour de contrôle maritime, veille au trafic de bateaux le plus important du monde. Plus de 500 navires par jour vont croiser dans le détroit.

0Y2ZB

Pour la première fois depuis la frontière belge, le chemin côtier vire plein sud, au gré des 7 crans rythmant le dénivelé de la pointe du cap jusqu’à Audresselles. Ces crans sont des entailles creusées dans la falaise par les cours d’eau. En voici quelques-uns…

Le cran barbier

Après les crans de Quette et de Sillers, c’est la troisième entaille que l’on traverse en Partant de la pointe du Cap.

Cliquez sur les photos

C’est dans les environs du cran Barbier que l’on aperçoit la Batterie Todt, une des plus grosses installations militaires du mur de l’Atlantique. En contraste, « Notre-Dame des vaches », une petite statuette nichée le long du chemin côtier. 

Le cran aux oeufs

Au loin, de petites maisons de pêcheurs cheminent en cortège jusqu’au pied de la falaise.

wG5qF

Il fut un temps où il fallait des cordes pour accéder à la plage du cran aux oeufs. Les cordes ont disparu. Un chemin discret permet aux plus téméraires d’y descendre.

Le cran deux oeufs est un théâtre que dominent des boules de grès suspendues tandis que d’autres sont éboulées.

Cliquez sur les photos

Le ruisseau coule encore et tombe en une petite cascade. On évolue assez aisément vers le sud, au milieu « d’oeufs cassés ».

Grandiose. Que dire d’autre ?

Le cran Poulet

Autrefois appelé cran de la Rouge Casaque, la plage en bas du cran accueillait une guinguette désormais disparue. Le cran Poulet est surtout connu et fréquenté pour la statue de Notre-Dame des flots, plusieurs fois déplacée et « remontée » sur la falaise à cause de l’avancée de la mer.

Cliquez sur les photos

Pèlerinages, petites intentions et simples témoignages du passage de marcheurs s’amoncèlent au pied de la statue.

Aux portes d’Audresselles.

Au bas du cran Mademoiselle et du cran du Noirda, la mer se déchaîne sur les rochers, les disloque, les ronge, les rogne…

Cliquez sur les photos

Nous voici arrivés a la Pointe du Poissonnier, en proximité d’un village de pêcheurs, sans doute le plus préservé de la côte d’Opale.

b9bQt

Son nom : Audresselles.  Prochaine étape !

Renseignements utiles :

• Le site du cap, en son sommet, offre un des meilleurs points de vue sur le cap Blanc-Nez, sur l’Angleterre et le port de Boulogne sur Mer. A marée haute le cap n’offre quasiment jamais d’accès au niveau de la mer, qu’on se contente alors de contempler à partir du parking du restaurant La Sirène. Promenades toujours possibles sur la falaise, en tout cas.
• Pour les amateurs de photos anciennes, une belle page sur Histopale, passe en revue la vie du cap il y a un siècle. En voici aussi de bonnes sur la plage de la Sirène.
• Une page de club de géologie permet de comprendre simplement certains alignements rocheux de la plage de la Sirène grâce à d’intéressants croquis.
• Le site du centre de surveillance trafic maritime le plus important du Monde est ici

 

Tardinghen et la baie de Wissant

C’est un endroit magnifique en sursis. Car la baie de Wissant est un paysage de dunes, de bois et d’étangs que la mer grignote, aspire, ampute selon les humeurs du temps. Il faut dire qu’en dehors du village la plupart des images montrées ici reflètent des paysages éphémères. Les blockhaus ont déjà disparu. Les coins à champignons à étonner jusqu’aux périgourdins aussi. Et demain, sans doute, ce sera au tour des étangs.
La petite – et adorable – commune de Tardinghen, au centre de la baie, perchée de manière prémonitoire, elle, est en retrait, dans l’attente d’une submersion du marais…

La maison des gens de Terd

La présence humaine dès la période gallo-romaine semble ici attestée. Les saxons – déjà !- envahissent cette côte peu habitée (entre 450 et 600 après JC).  L’appellation du bourg daterait du VII ème siècle. Dites tout haut « Tardinga haim » et vous aurez sans doute prononcé vos premiers mots en langue franque, à la façon de Terd, le germain, qui s’est installé dans le coin avec ses gens pour pratiquer l’agriculture.

Cliquer sur les photos

C’est sur la zone actuelle du marais que pouvait se situer le havre wissantais à l’origine d’un port fameux (voir l’article précédent traitant de l’histoire de Wissant). Tardinghen a du profiter de l’essor portuaire de Wissant. Il en a pâti aussi. Les anglais, en ravageant le secteur, on détruit le couvert végétal et bouleversé l’écosystème.

vXeHD Les anglais sont repartis sur la rive d’en face. Mais le havre a été refermé par un cordon dunaire limitant  l’écoulement des eaux terrestres et c’est ainsi que se sont créés la plaine maritime et les marais que l’on connait aujourd’hui.

 L’histoire sans fin 

Deux ruisseaux côtiers entrainent le surplus d’eau des étangs jusqu’à la mer. Mais il faut curer régulièrement ces cours d’eau, car le sable tend à s’y amonceler.  Jusque la Révolution, la question a posé problème : qui, de Wissant ou de Tardinghen, doit prendre la charge de ce travail ? Cette situation n’est pas sans évoquer l’actuel différend divisant plusieurs intercommunalités du Nord sur la question des wateringues.
La nature ne borne pas ses cohérences à la délimitations de nos propriétés et à  nos égoïsmes de clocher. Pour peu que nous ne lui opposons pas notre bêtise elle peut encore s’offrir aux gens intelligents et respectueux.

Du manque de respect, justement…

Pour le coup c’est raté. Il a fallu qu’on tape dans la dune pour construire la cité balnéaire voisine. Les allemands  construisent un peu plus tard, en 43, une ligne de défense à la hauteur du grand potentiel que représente le lieu pour un débarquement réussi au plus près de l’Angleterre. Le couvert végétal a été ravagé par les installations et la fréquentation anthropique.
Ainsi, depuis la fin de la seconde guerre mondiale le processus s’emballe au point de ne plus savoir vraiment à quel phénomène on doit un retrait des côtes de 300 mètres sur 50 ans. Les blockhaus construits dans la dune finissent dans l’eau. La pose de pieux brise-lames par endroits ne semble rien y faire.

Cliquer sur les photos

L’effet cocktail est la théorie la plus avancée. L’érosion éolienne est la première mise en cause. Mais l’eau et le jeu trouble des bancs au large de la baie semblent jouer un rôle important dans l’évolution des courants et l’érosion active de l’estran.

Cliquer sur les photos

Que faut-il alors faire ? Eh bien on en débat encore et sans argent sur la table.

Face à l’emportement d’une nature qu’il a outragée et dont il comprend mal les équilibres l’homme du XXI éme siècle reste encore démuni, toujours petit. Désespérément petit. Le plus désespérant n’est-il  qu’il ne s’en rend pas compte ?

Prochaine étape : l’ascension du Griz-nez  !

Renseignements utiles :

Il est grand temps d’arpenter les chemins balisés du marais, accessibles à partir de la route départementale (plusieurs parking. La plage du Châtelet et sa voie d’accès enchanteront encore quelques années le marcheur. A ce jour aucun de ces chemins ne présente de grande difficulté.
De Wissant au pied du Griz-nez, compter deux bonnes heures aller-retour. Le franchissement du ruisseau du Châtelet  nécessite des bottes ou de se déchausser. Un pont à l’intérieur de la dune permet de le franchir mais nécessite de ne plus cheminer sur la plage pendant plus d’un km.
• Une page d’ analyse de l’érosion de la baie de Wissant, avec une carte de localisation des dunes d’amont, d’aval, du Châtelet et de la Baraque Friquot.
• Le site des deux caps sur internet
• En savoir plus sur l’histoire du lieu avec Histopale
• Découvrir la faune et la flore du lieu avec le Conservatoire du littoral

Wissant

Château de sable… château de cartes…
Ici, c’est le sable qui bat les cartes.
De sable blanc… La prédestination d’un nom…

A44-120316-wissant - 24

Car Wissant – du néerlandais wit zant –  est une cité dont le destin a sans cesse été mêlé au mouvement d’infimes particules de roche venant, partant, au gré des vents et des courants,  répandant après la gloire, du port majeur d’hier à la cité balnéaire d’aujourd’hui, la même leçon d’humilité.

Un port antique

Au temps où les caps Griz-nez et Blanc-Nez  qui bornent la baie étaient plus avancés dans la mer, un promontoire  imposant partant du Griz-nez vers le nord semblait protéger la localité, constituant un havre naturel propice à l’accueil des navires à quelques coups de rame de l’Angleterre.
Peuplée par les Morins, ancêtres celtes des Ch’tis localisés sur une grande partie de l’actuel Nord-Pas de Calais et sans doute attirés ici par la mer, le site devient  la meilleure place gauloise de trafic avec l’outre-Manche. On spécule que Portus Itius, le port où César aurait fait mouiller son armada et préparé la conquête de la (grande) Bretagne, était établi dans la baie de Wissant. Mais rien ne le prouve vraiment. La mer était vraisemblablement beaucoup moins avancée qu’aujourd’hui, les courants étaient sans doute différents… Si bien que la nature, effaçant toute trace jusqu’aux siennes, à Wissant comme à Gésarium (Boulogne sur mer),  impose le secret face au travail des archéologues et des historiens.

Cliquez sur les photos


On sait en revanche que le lieu fut prospère durant tout le Moyen-âge. Les chevaliers, les rois et les saints devaient y séjourner avant ou après avoir gagné l’Angleterre. Si bien que la place fut renommée au point d’être mentionnée dans la Chanson de Roland.  Jusqu’à ce que la guerre avec les anglais mit à sac plusieurs fois la ville, brûlant les maisons et pire, les oyats… Livrant les habitants au sable blanc dont la progression a été appuyée par une succession d’autres événements autant humains que naturels.  Le sable a fini par engloutir le village. Ainsi celui-ci est détruit par le poids du sable sur les charpentes en 1777…

Le charme de l’abandon

Dans la deuxième partie du XIX ème siècle, ce qui n’était plus qu’un petit village de  pauvres pêcheurs cramponné à la baie séduisit un couple de peintres renommés, les Demont-Breton. Ceux-ci y firent construire leur domicile, le fâmeux « Typhonium », flanqué d’un propylone inspiré du temple nubien de Dendour (ci-après). Il invitèrent d’autres artistes.

Les paysages de la baie, les maisons, les personnages locaux, les marins et leurs familles constituaient les principaux sujets artistiques de ce cercle d’amis au sein duquel les Demont-Breton dispensaient des conseils et se réjouissaient en retour des progrès des jeunes artistes.
L’Ecole de Wissant était née, redonnant au lieu une renommée internationale qui ne manqua pas d’attirer investisseurs et estivants, ce d’autant que l’ouverture de la ligne ferroviaire jusque Boulogne permettait depuis peu de gagner facilement la région.

Une station balnéaire tranquille

On construisit une sorte de cité-jardin composée de villas individuelles à destination des bourgeois du Nord, capables de fuir les villes en plein essor industriel. Conçu comme un lieu familial de repos, la construction d’un casino, par exemple, n’y fut jamais autorisée.

Cliquez sur les photos

Un siècle plus tard, cette caractéristique est préservée. Grosso modo, la digue longue de plus de 300 mètres invite à la promenade et délimite la plage investie par les baigneurs, tandis qu’au nord, plusieurs dizaines de planchistes pourront rivaliser en prouesse sur l’un des principaux spots de kite-surf d’Europe.

Cliquez sur les photos

 

Wissant dispose en effet des meilleurs statistiques de vent pour en permettre la pratique.

La fête du flobart

Il n’est pas forcément dans les usages du site de faire état des fêtes et événements. Celui-ci est particulier. D’abord parce qu’il est organisé par la très dynamique Fédération Régionale pour la Conservation du Patrimoine Maritime (FRCPM). Ensuite, parce que de vrai patrimoine il est question. Le flobart est un bateau de pêche à fond plat que l’équipage devait pousser jusqu’à l’eau puisque Wissant n’a pas de port.

Cliquez sur les photos

Il ne reste plus qu’un pêcheur artisanal au flobart à Wissant.  Des passionnés s’acharnent à conserver ce type d’embarcation unique sur la baie  et à mettre celui-ci particulièrement à l’honneur lors d’un moment festif le dernier week-end d’août.

Demain ?

Balayée jusqu’au ravage par la nature avec laquelle la cité n’a pas toujours su composer, Wissant fait face à nouveau à la menace des éléments.
La digue a rompu en mars 2007 après un siècle de service, offrant  le spectacle désolant d’une éventration aux regards des visiteurs.
Alors que la digue a été reconstruite et enrochée, la dune d’aval (au sud de la ville) continue quant à elle de disparaitre. Un tiers de habitations de Wissant sont menacés. Des épis brise-lame et le rechargement du secteur en sable sont des solutions envisagées par les pouvoirs publics pour faire face à la disparition du sable constatée sur toute la baie.

La commune se débat en tous sens avec le sable, le vent et l’eau. Celle-ci est l’une des plus menacées de la côte d’Opale.
Du port renommé d’hier à la petite station balnéaire d’aujourd’hui, Wissant est un laboratoire permanent de l’humilité des hommes face à la nature : sommes nous capables de faire avec et pas contre elle ?

A44-120316-wissant - 41

Prochaine étape : Regards sur la baie entre Wissant et Tardinghen.

Renseignements utiles :

  • Wissant est une station balnéaire particulièrement facile à visiter. Une longue digue permet à tous les promeneurs de profiter du lieu. La plage de sable fin est agréable. A marée haute, il faudra néanmoins quitter la zone de digue pour se baigner car l’estran est totalement recouvert à cet endroit.
  • Un site amateur (ladiguedewissant.com), permet grâce à des photos aériennes, de mieux se rendre compte des  risques encourus par le grignotage de la dune d’aval.
  • La page de la DREAL pour tout savoir sur le réensablement de la baie.
  • Une curiosité récente : le Banc à la ligne, au large de de la baie, semble à nouveau se découvrir…