Wissant

Château de sable… château de cartes…
Ici, c’est le sable qui bat les cartes.
De sable blanc… La prédestination d’un nom…

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Car Wissant – du néerlandais wit zant –  est une cité dont le destin a sans cesse été mêlé au mouvement d’infimes particules de roche venant, partant, au gré des vents et des courants,  répandant après la gloire, du port majeur d’hier à la cité balnéaire d’aujourd’hui, la même leçon d’humilité.

Un port antique

Au temps où les caps Griz-nez et Blanc-Nez  qui bornent la baie étaient plus avancés dans la mer, un promontoire  imposant partant du Griz-nez vers le nord semblait protéger la localité, constituant un havre naturel propice à l’accueil des navires à quelques coups de rame de l’Angleterre.
Peuplée par les Morins, ancêtres celtes des Ch’tis localisés sur une grande partie de l’actuel Nord-Pas de Calais et sans doute attirés ici par la mer, le site devient  la meilleure place gauloise de trafic avec l’outre-Manche. On spécule que Portus Itius, le port où César aurait fait mouiller son armada et préparé la conquête de la (grande) Bretagne, était établi dans la baie de Wissant. Mais rien ne le prouve vraiment. La mer était vraisemblablement beaucoup moins avancée qu’aujourd’hui, les courants étaient sans doute différents… Si bien que la nature, effaçant toute trace jusqu’aux siennes, à Wissant comme à Gésarium (Boulogne sur mer),  impose le secret face au travail des archéologues et des historiens.

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On sait en revanche que le lieu fut prospère durant tout le Moyen-âge. Les chevaliers, les rois et les saints devaient y séjourner avant ou après avoir gagné l’Angleterre. Si bien que la place fut renommée au point d’être mentionnée dans la Chanson de Roland.  Jusqu’à ce que la guerre avec les anglais mit à sac plusieurs fois la ville, brûlant les maisons et pire, les oyats… Livrant les habitants au sable blanc dont la progression a été appuyée par une succession d’autres événements autant humains que naturels.  Le sable a fini par engloutir le village. Ainsi celui-ci est détruit par le poids du sable sur les charpentes en 1777…

Le charme de l’abandon

Dans la deuxième partie du XIX ème siècle, ce qui n’était plus qu’un petit village de  pauvres pêcheurs cramponné à la baie séduisit un couple de peintres renommés, les Demont-Breton. Ceux-ci y firent construire leur domicile, le fâmeux « Typhonium », flanqué d’un propylone inspiré du temple nubien de Dendour (ci-après). Il invitèrent d’autres artistes.

Les paysages de la baie, les maisons, les personnages locaux, les marins et leurs familles constituaient les principaux sujets artistiques de ce cercle d’amis au sein duquel les Demont-Breton dispensaient des conseils et se réjouissaient en retour des progrès des jeunes artistes.
L’Ecole de Wissant était née, redonnant au lieu une renommée internationale qui ne manqua pas d’attirer investisseurs et estivants, ce d’autant que l’ouverture de la ligne ferroviaire jusque Boulogne permettait depuis peu de gagner facilement la région.

Une station balnéaire tranquille

On construisit une sorte de cité-jardin composée de villas individuelles à destination des bourgeois du Nord, capables de fuir les villes en plein essor industriel. Conçu comme un lieu familial de repos, la construction d’un casino, par exemple, n’y fut jamais autorisée.

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Un siècle plus tard, cette caractéristique est préservée. Grosso modo, la digue longue de plus de 300 mètres invite à la promenade et délimite la plage investie par les baigneurs, tandis qu’au nord, plusieurs dizaines de planchistes pourront rivaliser en prouesse sur l’un des principaux spots de kite-surf d’Europe.

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Wissant dispose en effet des meilleurs statistiques de vent pour en permettre la pratique.

La fête du flobart

Il n’est pas forcément dans les usages du site de faire état des fêtes et événements. Celui-ci est particulier. D’abord parce qu’il est organisé par la très dynamique Fédération Régionale pour la Conservation du Patrimoine Maritime (FRCPM). Ensuite, parce que de vrai patrimoine il est question. Le flobart est un bateau de pêche à fond plat que l’équipage devait pousser jusqu’à l’eau puisque Wissant n’a pas de port.

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Il ne reste plus qu’un pêcheur artisanal au flobart à Wissant.  Des passionnés s’acharnent à conserver ce type d’embarcation unique sur la baie  et à mettre celui-ci particulièrement à l’honneur lors d’un moment festif le dernier week-end d’août.

Demain ?

Balayée jusqu’au ravage par la nature avec laquelle la cité n’a pas toujours su composer, Wissant fait face à nouveau à la menace des éléments.
La digue a rompu en mars 2007 après un siècle de service, offrant  le spectacle désolant d’une éventration aux regards des visiteurs.
Alors que la digue a été reconstruite et enrochée, la dune d’aval (au sud de la ville) continue quant à elle de disparaitre. Un tiers de habitations de Wissant sont menacés. Des épis brise-lame et le rechargement du secteur en sable sont des solutions envisagées par les pouvoirs publics pour faire face à la disparition du sable constatée sur toute la baie.

La commune se débat en tous sens avec le sable, le vent et l’eau. Celle-ci est l’une des plus menacées de la côte d’Opale.
Du port renommé d’hier à la petite station balnéaire d’aujourd’hui, Wissant est un laboratoire permanent de l’humilité des hommes face à la nature : sommes nous capables de faire avec et pas contre elle ?

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Prochaine étape : Regards sur la baie entre Wissant et Tardinghen.

Renseignements utiles :

  • Wissant est une station balnéaire particulièrement facile à visiter. Une longue digue permet à tous les promeneurs de profiter du lieu. La plage de sable fin est agréable. A marée haute, il faudra néanmoins quitter la zone de digue pour se baigner car l’estran est totalement recouvert à cet endroit.
  • Un site amateur (ladiguedewissant.com), permet grâce à des photos aériennes, de mieux se rendre compte des  risques encourus par le grignotage de la dune d’aval.
  • La page de la DREAL pour tout savoir sur le réensablement de la baie.
  • Une curiosité récente : le Banc à la ligne, au large de de la baie, semble à nouveau se découvrir…

 

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