A – La Côte d’Opale

Strouanne

Une des plus belles falaises au monde s’éteint ici. Le cap Blanc-nez est tout proche. La mer, en descendant, laisse apparaître un grand miroir gorgé de sa substance. Cadeau offert au ciel et à la terre hospitalières. Hommage à leur beauté profonde. Régal des sens par temps clément, à la nuit tombante.

Tout me parait si beau. Je n’ai pas su choisir. A vous de voir les photos suivantes. Si j’ai bien fait, vous me direz…

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Strouanne est un hameau de Wissant affectionné des « locaux », des habitués, des « rencardés. De la route, rien ne fait tapage de son attractivité, hormis les véhicules stationnés qui débordent d’un minuscule parking en été. De plus,  la plage se fait désirer par quelques centaines de mètres de chemin, en dénivelé, que l’on ne peut parcourir en théorie qu’à pied.
Cette plage superbe, baignée d’un subtil mélange d’atmosphères de falaise blanche,de dunes, de bois et de pâtures est d’une richesse exceptionnelle que l’on ne capte curieusement pas dès le premier regard.
Les maisons en contre-bas  n’enlèvent rien au charme du lieu. On se verrait les occuper sans scrupule. Ce qui est d’ailleurs possible pour un moment (ce sont pour certaines des gites). Seuls quelques usagers indélicats, en été encore, partent en bateau en laissant leur 4×4 attelé sur la plage. Nombreux sont ceux qui se plaisent à penser que les importuns reviendront de promenade un poil trop tard…
La ferme de Saint-Pô, hameau datant déjà, comme Strouanne, du Moyen-Âge, surplombe elle aussi la plage. De celle-ci, on voit les bovins charolais pâturer. Près du chemin, une petite cascade alimentée par le Rau des Nains apporte une touche d’attraction supplémentaire si besoin encore en était !

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Le jour, par beau temps, les hautes du Blanc-nez donnent envie de les parcourir. On peut gagner celles-ci par la plage ou par un chemin côtier sur la falaise.

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Le chemin permet de pratiquer plusieurs activités nautiques. L’absence d’obstacles dans l’eau encourage la pêche en surfcasting. Mais le site offre une particularité singulière : le vent. Nous ne sommes à quelques centaines de mètres d’un des plus fameux site de fun bord d’Europe.

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Car Wissant, son vent et ses voiles, apparaissent déjà… Ce sera la prochaine étape.

Renseignements utiles :
• On l’aura compris, de Strouanne s’offre une des promenades les plus agréables de la côte 
d’Opale. Elle permet de gagner le cap Blanc-nez en empruntant  un autre chemin de retour (plage ou chemin côtier sur la falaise), tout cela en moins de deux heures. Sur la plage, à l’approche du Cap, attention aux mauvaises surprises à marée haute. La mer peut avoir gagné la falaise. 

• Pour les amateurs de géologie et curieux d’érosion, voici une excellente page du site « Persée ». L’argumentation tend à relativiser la responsabilité de la mer à propos de l’érosion du trait côtier dans le secteur de Strouanne. Documentation intéressante.

• Et sur Wikhydro, une analyse des risques sur le secteur du Blanc-nez comprenant Strouanne.

 

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Le cap Blanc-nez

Ca y est ! Nous voici rendus au cap, un lieu extraordinaire. Au cran d’Escalles, un rideau de calcaire s’ouvre sur les eaux agitées du détroit et invite à comprendre, peut-être pour la première fois, à quoi la côte doit son nom. La craie, le sable, brassés par l’eau, transfigurés par l’énergie du soleil, fabrique de l’opale, teinte fragile chassée par le vent mais revenant sans cesse, fidèlement, indéfectiblement attachée au lieu.

 

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Mais descendons…

Un nez, un cap…

Mais quand-même pas une péninsule ! Le cap Blanc-nez est né il y a 70 millions d’années. Les collines du Boulonnais, parentes des Alpes (la création de ces dernières ayant provoqué une sorte de réplique en ces lieux) s’offrent au va-et-vient de l’eau et accueillent ses dépôts que la sédimentation transformera en craie (voir l’article précédent).

L’étymologie révèle que la dénomination « nez » n’a rien à voir avec le rapprochement de physionomie à l’homme qu’on tente naturellement de faire. Le « nez » viendrait finalement du saxon « naes« , qui veut dire « promontoire ».

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Le cap constitue l’entrée nord d’un site parsemé de villages côtiers formant, avec plages et falaises, un ensemble exceptionnel désormais protégé par le Conseil départemental avec l’aide du conservatoire du littoral. Ceux-ci se sont vus récompensés par le ministère de l’écologie des efforts de protection qu’il ont produits . Le site des caps est désormais classé « Grand Site de France ».
« Le label Grand Site de France peut être attribué par le ministre chargé des sites à un site classé de grande notoriété et de forte fréquentation. L’attribution du label est subordonnée à la mise en oeuvre d’un projet de préservation, de gestion et de mise en valeur du site, répondant aux principes du développement durable. Le périmètre du territoire concerné par le label peut comprendre d’autres communes que celles incluant le site classé, dès lors qu’elles participent au projet. Ce label est un label sélectif et exigeant. Il est attribué pour une durée de 6 ans ».

Plus en hauteur…

Le cap culmine à 150 mètres. A cette hauteur, une vue remarquable permet de contempler les principaux lieux situés entre les portes de Calais et de Boulogne, que les photos suivantes présentent plus en détail.

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La baie de Wissant nous tend les bras. Elle nous attend mais qu’importe. Le temps se suspend à la masse imposante, hypnotique du promontoire blanc.
Les éléments, marées ou vents, à un moment donné, vont quand-même éprouver nos résistances et nous éloigner. Un million de personnes passeront ainsi en une année.

 

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On reprend alors la route vers Wissant,autre cap en vue sous un vol de goélands, d’écumes et d’embruns

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On s’arrêtera en route pour admirer la plage de Strouanne !

Renseignements utiles

• Le cap Blanc-nez est situé sur la commune d’Escalles. Pour marcher le long du cap, deux possibilités s’offrent au visiteur : soit monter en haut du cap, joindre à pied le monument de la Dover patrol et chercher le chemin qui descend vers le sud de ce monument (on descend alors jusqu’au cran d’Escalles qui est le seul accès à la plage). Soit on cherche à joindre le petit chemin dans le village qui permet d’accéder directement au cran et à la plage. Quoi qu’il en soit, la promenade se mérite : pas de plage à marée haute ; les bottes préférables si l’on ne veut pas trop réfléchir à la manière de contourner les bâches et fils d’eau. Les personnes à mobilité réduite s’arrêteront peut-être au blockhaus au bas du cran.

• Pour accéder aux Grands sites de France en attendant de gagner, d’ici pas mal d’étapes, le prochain grand site de France : la baie de Somme ! …

De Sangatte au Blanc-Nez

En quittant Sangatte en direction du Cap Blanc-Nez, il faut s’apprêter à assister à un événement particulier : la naissance des falaises les plus septentrionales de France (il n’y en a d’ailleurs aucune depuis le Danemark…).
Et de surcroît, ces falaises sont des plus remarquables, puisqu’on chemine déjà le long du cap Blanc-Nez, classé « Grand site national ».
Grande beauté. Grand angle… Grand virage en direction du Sud… Bref, on change de ton, résolument, presque brutalement, entre le plat pays des moëres, des dunes et polders marquant les plaines maritimes de la Mer du nord, d’un côté et les hauteurs des collines de l’Artois échouées là, de l’autre.

 

A41-150413SangatteBlancNez22En cette fin de journée ensoleillée, l’absence de vent donne des allures de canyon  à cette première partie du cap teintée d’argile et reflétant son image sur le sable saturé d’eau.

Histoire et sédiments 

La falaise est d’abord un livre ouvert sur l’histoire géologique du lieu. La craie, ici dominante, parfois jaunâtre et parsemée de rognons de silex et de fossiles, a été patiemment formée pendant le Crétacé. Car 1000 ans sont nécessaires pour obtenir 2 cm d’épaisseur de cette  roche sédimentaire résultant de l’accumulation persévérante d’algues microscopiques.

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Il y a bien longtemps, tout était couvert d’eau. Puis découvert. Puis recouvert. Puis découvert encore. Ce qu’on appelle le détroit du pas de Calais séparant l’actuelle Angleterre du reste de l’Europe date d’à peine plus de 500 000 ans. Avant, tout était relié. Un brusque effondrement de terrain entre des failles en est à l’origine. La mer, pendant la fonte des glaciers, fit son affaire d’ouvrir le Channel voici  8500 ans, pour atteindre depuis seulement 5000 ans  la forme qu’on lui connait.

Matière en érosion

L’érosion du trait de côte concerne cette partie du littoral, bien que le calcaire résiste mieux aux assauts des éléments que l’argile, les marnes et sables présentes en d’autres endroits. Selon les lieux, la falaise s’érode plus ou moins rapidement et pas toujours régulièrement : environ 20 cm par an dans le secteur nord, côté Sangatte ; entre 5 et 85 cm par an sur le cap même… La mer sape la base, mais l’eau s’infiltre au dessus et creuse des failles, qui s’élargissent alors sous l’action du gel. Tout dépend donc de la force des flots, de la pluviométrie et des températures du moment, autant d’aléas qui ne permettent pas de constater une érosion homogène du trait.
D’importants éboulements ont eu lieu en 1998 et en 2000. Depuis, le cap est équipé de sondes et d’appareils de mesure permettant de mieux comprendre les phénomènes et les prévenir autant que possible.

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L’érosion est en tout cas indiscutable. La situation précaire de certaines constructions militaires en témoigne. La déambulation à proximité des falaises est dangereuse et pas seulement qu’en hiver, comme on le pense parfois.
Il faut aussi savoir que l’évolution sur cette partie offre peu d’option de survie au marcheur étourdi à marée haute. Sur plusieurs kilomètres, la paroi n’offre aucun moyen de l’escalader pas plus qu’il n’existe d’accès aménagé pour fuir l’estran recouvert par la mer.

Géant !

Le site reste quand même un merveilleux site de promenade et de découverte d’oiseaux nicheurs. De vieux pêcheurs y tendent encore des filets pour attraper les poissons déambulant au gré de la marée. Quelques parapentistes profitent de la hauteur des falaises  pour accrocher la voile aux courants ascendants. Mais la marche reste le meilleur moyen de profiter de cette partie littorale limpide et flamboyante sitôt que le soleil en baigne les parois.

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Le soir tombe. On aperçoit au loin le cap Griz-Nez… Alors que nous n’avons pas encore passé le blanc dont nous n’avons pas tout à fait fini de parler.

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La prochaine étape permettra en effet de prendre un peu de hauteur. Cap sur le cran d’Escalles et sur le sommet du Blanc-Nez !

Renseignements utiles

La promenade est exquise, surtout dans l’après midi et en soirée, falaises baignées par le soleil. Sable ferme, pas de cours d’eau infranchissable. Il est toutefois conseillé de ne pas s’approcher de la falaise, surtout s’il a été constaté que vous n’étiez pas en veine depuis le début de la journée.
Des bottes peuvent être conseillées. Je ne les ai jamais trouvées indispensables sur cette portion du littoral. En revanche il est fortement déconseillé de s’engager 3 heures après la marée montante. Le risque de se voir coincé en route – et de périr- est réel.

• Pour les amateurs de géologie voir ici et ici

 

 

Sangatte, porte de sable

Il semble filer sur l’estran comme nulle part ailleurs. Il sépare la cité de la mer d’un mince, si mince cordon dunaire que l’on en vient à croire que « zand gate« ou « sand gate » est bel et bien la racine saxonne du nom de Sangatte. Le sable court ici sur 8 kilomètres de plage. Et la station doit son salut au fragile amas de ses grains capturés par les oyats.

Sangatte est une station balnéaire. Sangatte, c’est aussi « la porte d’à côté » pour aller en Angleterre : une porte à côté de Calais. Ainsi, au cours des deux précédents  siècles, la commune fut le théâtre des premières tentatives de liaison transmanche, souterraine et aérienne.
Mais si l’on connaît aujourd’hui le nom de Sangatte partout ailleurs, c’est parce que la commune a vu naître en 1999, puis disparaître en 2002 un véritable lieu d’accueil des réfugiés cherchant à gagner l’autre rive du détroit. Quand la fermeture fut effective, la situation est passée de pénible à totalement catastrophique.
Sangatte est aussi une ville réellement menacée par les flots… Par  « porte de sable« , les anciens, plus réalistes que poétiques, entendaient désigner un accès facile de l’eau par un lieu déjà connu pour sa fragilité face aux assauts de la mer.

La porte d’un delta

Depuis la frontière belge, en fait nous évoluons sur du plat, tantôt sur des zones de polder conquises sur la mer, tantôt sur un ancien delta. Sangatte marque la limite occidentale du delta de l’Aa, juste avant que ne commencent les collines de l’Artois. Malgré les invasions marines, on semble avoir habité là depuis très longtemps, avant que la mer ne couvre pendant un temps les lieux, comme à Dunkerque, au temps de Charlemagne. En tout cas, une voie gallo-romaine, le chemin de Leulène, aboutissait déjà à Sangatte.

La porte aux loisirs

A Sangatte, on vient profiter de l’eau, du sable et du vent, de la nature aussi. La commune est dotée de plusieurs sites biologiquement remarquables et offre de superbes points de vue sur le port de Calais, sur la commune même, sur le trafic transmanche et sur les côtes anglaises.

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Un rideau ouvert vers Angleterre

Elles sont tellement proches, ces côtes anglaises, que Portus Itius, le fameux point de départ de Jules César et de son armée pour l’Angleterre en moins 56 av. JC, pouvait être concevable à partir de  Sangatte,

C’est à Sangatte que par deux fois, on tenta de creuser un tunnel sous la Manche, en 1875 et en 1974. Un puits d’accès à l’actuel tunnel  y a également été creusé.
Et c’est aussi à Sangatte que Louis Blériot, cet ingénieur nordiste, pionnier du ciel,  réalisa la première traversée de la Manche le 25 juillet 1909, au nez et à la barbe de son ami Hubert Latham, aventurier intrépide, trahi par son moteur six jours auparavant.

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D’autres pilotes comme Jacques de Lesseps graveront eux aussi l’histoire de l’aéronautique dans cette commune.
Une quinzaine d’années après la première traversée, le conseil municipal décidera de lier le souvenir de l’exploit du premier vainqueur de la traversée à la ville en nommant « Blériot-Plage » le lieu-dit des Baraques d’où le pilote décolla.
« Sangatte Blériot-Plage » est d’ailleurs le nom que la cité s’est donné aujourd’hui.

Bilan et perspectives d’une commune contrariée  par les flots

Plusieurs fois envahie par la mer (la dernière fois, en 1953), Sangatte voit ses défenses régulièrement dégradées (la digue, lors de la tempête Xinthia par exemple). La question de la submersion est ici à prendre au sérieux. Les aléas de submersion ont été calculés avec une surcôte de 0,60 m en prévision du changement climatique. Des travaux sont en cours pour protéger les habitations.

En tout cas c’est beau !

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Prochaine étape : le cap Blanc Nez ! Attention les yeux !

Renseignements utiles :

• La promenade le long des 8 kilomètres de plage ne présente pas de difficulté. Elle est cependant problématique à marée haute et à fort coefficient. L’alternative derrière la dune du Fort Mahon, puis le long de la RN est beaucoup moins intéressante (on ne voit pas la mer, déjà). par temps sec et vent fort SO ou NE, le déplacement du sable sur l’estran peut rendre la promenade désagréable en jupe ou en short, notamment.
• Pour tout savoir sur une étude de danger de submersion et sur le cas de Sangatte, un rapport de 2013 à télécharger
• Le site de la commune de Sangatte Blériot-Plage  et son très beau logo vintage. Pour prendre connaissance des travaux d’enrochement de la digue aussi.

 

Chalets de Calais, de Blériot

Veilleurs placides en quête de temps cléments, les chalets sont posés sur la plage, face à la mer. Saturés de sable et de sel par les vents dominants. Protégés des flots comme le seraient des morceaux de sucre sur la table face à un bol de lait renversé.
Ainsi Carnac a ses menhirs.  L’île de Pâques a ses géants.  Et Calais a ses chalets.
Peut-être même la plus grosse concentration de chalets. Ici, près de 500 totems à la gloire du soleil ont été dressés. Pas de sang versé en sacrifice, juste peut-être la peau, parfois ointe d’une sainte crême dédiée au dieu soleil.

Comme nulle part ailleurs les chalets de Calais, jusque Blériot, la partie la plus orientale de Sangatte, sont l’âme de la plage.
L’âme. Le charme. L’utilité aussi, d’après certains.

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L’âme, c’est déjà celle des gens du Nord, des gens qui ont peu, ou qui ont eu peu. Et des gens qui font de ce peu toute une montagne. Et c’est sans doute pour cela que la moindre cabine s’appelle « un chalet », tout comme le plus famélique thuya qu’on laisse filer, ici, cela peut s’appeler un « sapin ».

Aussi, quand un chalet est fracturé, c’est un véritable raz-de-marée dans les esprits profanés. En même temps, il faut compter au minimum 2500 € pour une occasion dans un état correct, 6000 € pour du neuf, 200 € à chaque coup de peinture… sans compter le coût de concession d’un espace.

Que l’on soit riche ou peu fortuné, ce n’est pas rien d’avoir un chalet…

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Et tant de belles histoires familiales s’y sont déroulées qu’on y reste attaché.

La mode des cabines date du début de l’histoire balnéaire. Les bourgeoises s’y changeaient. La cabine était montée sur une charrette attelée. On déposait la baigneuse à fleur d’eau, en sorte qu’elle ne soit pas aperçue, en ces temps prudes, dans une tenue qui aurait contrevenu aux convenances.

Par la suite, il s’est avéré très pratique de disposer d’un local renfermant accessoires de bains et chaises longues pouvant rester à demeure. Le chalet devient pour un jour une résidence secondaire chargée de beaux souvenirs. On se bat alors pour le garder et l’entretenir.

Et puis, le charme des cubes immaculés coiffés d’un camaïeu donne à la promenade en front de mer un intérêt certain dont les résidents peuvent s’honorer.

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Aujourd’hui, le chalet est normé : 2m50 x 2m50, et une terrasse de 60 cm tout au plus. Il doit être obligatoirement peint en blanc, désormais. Les pouvoirs publics veulent juste plus d’harmonie visuelle. La loi littoral impose en outre la création d’ouvertures sur la mer et de ce fait, leur diminution à 350 pièces est programmé.

Pas d’éradication en vue. Sauf peut-être par la mer. C’est déjà arrivé. La collectivité en tout cas ne compte pas y toucher. C’est que les chalets comptent pour beaucoup dans l’attrait touristique du front de mer de Calais.

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On leur prête aussi la vertu de retenir le sable sur la plage. Alors personne ne s’en plaint, ou si peu.

A37-010315Bleriot25La plage à marée basse. Le vent d’ouest emporte de sable vers le port. Les chalets sont au fond, vers la droite.

Un avant port, une digue, une superbe plage et toute la vie créée par chaque éléments que l’on peut embrasser du même regard et vivre tour à tour font du front de mer de Calais un endroit d’exception.

Prochaine étape à Sangatte !

Renseignements utiles :
• La promenade sur la plage, comme sur la digue, ne présente aucune difficulté. On peut évoluer au milieu des chalets.
• Des photos des cabines de plage en 1900

Le port de Calais

Dossier associé : Les ferrys et le trafic transmanche (Dossier 9)

Chacun des ports de la côte d’Opale a sa petite spécialité. Un peu comme dans l’histoire des trois petits cochons. Dunkerque  pour le vrac et les volumes, Boulogne pour la pêche… et Calais pour le transit…Bien sûr, cette répartition n’est pas catégorique. Chaque localité s’est battue contre les autres pour attirer briques et ciment et ramasser tout ce qui peut faire bouillir la marmite qui éloignera le loup. Mais le loup est quand-même venu. Et le loup, c’est la compétition mondiale face à laquelle les ports auraient sans doute gagné d’avancer un peu plus en rang serré.  La population des trois ports décroit. Ici on manque de travail et cela n’aide pas à aborder les nouveaux défis sereinement.

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En attendant, Calais continue de vivre.  L’arrivée du tunnel sous la Manche n’a pas stoppé le ballet incessant des ferries, véritable pulsation de la cité littorale.

Mais le coeur de Calais bat au rythme des anglais. Et la construction de Calais Port 2015, prochain grand rendez-vous économique de la ville, ne semble pas déroger à l’habitude puisqu’il s’agira de desservir la façade est de l’Angleterre. La ville retient d’ailleurs souvent son souffle à cause de la proximité du royaume. Quand la couronne d’Angleterre désire un pied à terre en France, voilà la ville assiégée, affamée, annexée pour des années. Quand la révolution industrielle se construit outre-Manche, les premiers métiers sont montés pour la mondialisation de la renommée des dentelles de Calais. Quand la Grande-Bretagne est attaquée, la ville de Calais, par l’un ou par l’autre,  se retrouve décimée. Le cours de la livre augmente ? Les oulet centers et autres cash and carry viennent alors canaliser profitablement le déferlement de consommateurs anglo-saxons avides de marques, de bières et de vins…
Et c’est une fois encore le Royaume Uni qui est à la source du nouveau défi auquel la cité se voit confronté : le blocage des exilés à Calais, suite à la signature des accords du Touquet. L’esprit corsaire doit avoir fait son temps (il y en a eu à Calais, certes moins connus que Jean Bart et Surcouf). Il est temps d’apprendre l’anglais : le pas de Calais doit porter la ville jusqu’au coeur de l’Angleterre.

Quoi qu’il en soit, dans le vieux port de Calais et sur la plage, à l’est de de la ville, les tensions disparaissent au rythme du mouvement indolent d’impressionnants bateaux laissant malgré tout les pêcheurs à quai impassibles, de jour, sous la neige, comme de nuit…

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L’ambiance est  moins « mer du Nord » qu’à Dunkerque  On sent presque l’effet de cassure du trait de côte entamé par le site du cap Blanc Nez, non loin de là. Un urbanisme ingrat au premier abord ne vient pas à bout du charme des plans d’eau. Les grandes manoeuvres maritimes ont pris le large un peu plus à l’est. Mais la vue sur l’avant-port est totale, sans obstacle ni contre-jour.  On peut contempler les entrées de tous les navires à partir de la jetée. Jusqu’à l’ouverture du port 2015 en tout cas.

Cliquer sur les photos, pour une fois plus légendées que d’habitude !

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Le front de mer s’engourdit. Eloge à la lenteur. Tout s’arrête. Sauf la pêche. Sauf les ferries. Mes plus belles prises de Calais sont d’après moi ici.

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Il neige peu souvent à Calais. Nous en avons un peu profité.

Calais nuit

A l’approche de la nuit, c’est un ballet de lumières qui anime l’espace portuaire de scintillements éclectiques. Navires, enseignes et balises font en sorte que le port ne dorme jamais.

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Le prochain article sera pour une bonne part ensoleillée. Cap sur Blériot-Plage et sa forêt de cabines.

Renseignements utiles

  • Sur la complémentarité et les rivalités des ports de Flandre occidentale au Moyen-Age, voici un article d’un chercheur ;
  • Un ouvrage en ligne traitant de l’essor de Calais fin XIXème début XXème, qui façonna l’activité économique de la cité jusqu’à ce jour
  • Le rapport du CESER « Région Nord ‐Pas de Calais : quelle stratégie pour le ports de la façade maritime ? » détaille les enjeux et les difficultés d’aboutir à une  action concertée des ports de la côte d’Opale.
  • A lire (c’est synthétique), le projet de territoire de la CCI Côte d’Opale
  • Le site du Port de Calais
  • L’histoire de Calais, que je n’ai pas détaillée, est ici
  • Et ici, es photos historiques de l’aménagement du front de mer

Calais, front Est… et rien de nouveau

Les lecteurs soucieux de l’image de Calais vont certainement maudire cette page, et d’autres encore s’en trouver déçus, mais voilà…  En cheminant d’Est en Ouest dans le sens de la marche, on traverse d’abord une zone qu’il serait difficile de trouver heureuse. L’arrivée à Calais donne donc cela… Un mur blanc face à la mer.

La rocade qui entaille la partie orientale de Calais enfilait déjà les mondes les plus crus comme des perles. Sitôt les tours résidentielles du Beau-Marais dépassées, on surplombe des dunes malades d’être trop proches des turpitudes humaines. Il y a aussi, sur le front de mer, le vaste espace goudronné d’un terminal d’hoverport désaffecté (Voir les renseignements utiles)… et puis ces losanges enflés de métal noir que Tioxide présente sans pudeur aux vents marins. Mais l’usine est sur le point de fermer. Enfin, on tombe sur le gigantesque terminal des ferries pour l’Angleterre.

Ah oui ! Il y a aussi cet « exit » dont on peine à croire qu’il mène aussi au centre d’une ville, tellement le bout de tout semblait atteint.

La touche finale de ce décor en attente de nouveaux devenirs vient d’être apportée par une double clôture de métal blanc érigée sur plusieurs kilomètres, dans le prolongement d’un camps des réfugiés placé à l’endroit même du milieu naturel concédé par la chambre de commerce en compensation des dérangements causés par les prochaines infrastructures portuaires.

La « jungle », comme on pensait que les afghans l’appelaient. La « lande », comme les autorités préfèrent la nommer. On parle même de « new jungle » aujourd’hui, pour qualifier cet ultime emplacement concédé.

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A Calais, les nuages sont redessinés, gribouillés aux barbelés. Certes, on protège partout les installations portuaires. Mais jamais a ce point là…

Comme pour bon nombre de murs séparant les lieux, les hommes les uns des autres, le rideau de fer blanc de Calais symbolise toutes les incapacités d’intégrer.

Intégrer véritablement pourquoi ces gens sont là. Et d’en déduire l’obligation de les accueillir comme il se doit.

Intégrer que la présence de réfugiés à Calais est inévitable et durable. Et que la cité doit se préparer à construire une véritable économie tournée vers l’hospitalité. Il lui faut même prévoir non plus de gérer l’afflux mais de vivre  avec une communauté d’exilés, comme cette région sut le faire par le passé. Ce qu’elle peine aujourd’hui à envisager. Et c’est peut-être l’absence d’issues à venir pour chacun qui fait le plus mal.

Car tout le monde ou presque est dans la peine… Les riverains plutôt aidants, sont maintenant accablés par la concentration provoquée. Les professionnels sont exaspérés par la gêne et par les risques. Les forces de l’ordre sont dépassées. Les bénévoles des associations caritatives sont épuisées. Mais elles continuent, soutenues par la solidarité de commerçants et de nombreux donateurs individuels.

Les réfugiés, eux, sont aussi à bout. L’attente sur place est plus longue. Les manifestations d’hostilité sont plus pesantes. Les passages sont plus difficiles et plus risqués. Les conditions de survie sont indignes. Vraiment indignes.

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La mer ? La pire des barrières. Peut-être déjà bravée ailleurs dans la peur et la douleur, elle le sera encore, c’est sûr, s’il n’y a pas d’autre moyen. Pour un peu plus de sécurité. Pour un peu plus d’avenir.

D’autres aspects auraient pu être abordés sur la partie Est de Calais. J’ai choisi de ne pas le faire par respect pour tous les gens pour qui l’avenir s’est arrêté à Calais. J’adresse une pensée à ma grand-mère Virginie Théry épouse Lenaerts, par deux fois évacuée, qui m’a tout raconté.
Dans le prochain article, nous découvrirons comment le pouls économique de la zone portuaire continue de battre malgré les difficultés. Et nous parlerons quand-même d’avenir, avec le port de Calais 2015. Je conseille toutefois de parcourir deux pages sur les Hovercrafts ci après, car je ne pense pas en reparler.

Renseignements utiles :

Des Hemmes de Marck à Calais

Âme solitaire, esprit mélancolique, guetteur d’instants d’éternité… les Hemmes de Marck ont été étalées sur la Terre pour vous. Il faudra peut-être partager l’espace avec un cavalier ou un pilote de char à voile, probablement aussi avec un chasseur. Mais ce qu’il reste à chacun est immense. Une fois la dune franchie, c’est à peine si l’on distingue la mer nichée à 3 kilomètres, après les prés salés et les vasières qu’un large estran vient border.
Dans ce lieu, l’idée ne viendrait donc à personne de se croiser. Chacun à son affaire. Cela semble convenir à tout le monde.

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La succession de biotopes confère au site une fonction nourricière , notamment pour les oiseaux dits « limicoles« , autant qu’un refuge. Les chasseurs sont de ce fait très présents. Les volatiles sont abattus à proximité de huttes dans la la dune, ou encore à partir d’une hutte mobile – parfois dénommée cercueil – disposée sur la plage, et dans laquelle le chasseur se faufile et reste tapi en attendant la proie. On chasse enfin « à la botte », en marchant le long de la côte.

Et des bottes mieux vaut en avoir, que l’on soit chasseur ou pas. Par temps gris, on ne peut que conseiller de bien se vêtir. La sensation d’immensité renforce sans doute exagérément celle de froid.

Une fois habillé, bienvenue au carnaval des animaux…

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Ainsi donc, sur cette immense étendue on pratique le cheval, le char à voile… On ramasse aussi les coques. L’ancien terme calaisien pour les désigner, c’est les « huchettes ». Les huchettes sont enfouies dans la vases et on les déniche à l’aide d’un râteau.

Du haut de la dune, on peut apercevoir la succession de digues qui furent à l’origine du polder.

Enfin, plus très loin de Calais, dans un paysage presque irréel, le plus  improbable encore, le phare de Walde, tient du mirage. Ce phare reclassé en feu, puis mis hors de fonction depuis 2001, borne l’horizon depuis 1859. C’est un des deniers vestiges de phare de construction métallique de notre littoral, que la Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritimes (FRCPM) fait classer comme monument historique pour le sauver d’une démolition qui eut été sans cela presque certaine.

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Un mirage que ce phare, disions nous… Presque une farce.  Prévu comme il se doit d’orienter les navires, l’édifice serait responsable de plus d’un naufrage. Les carcasses alentour semblent l’attester. Mêmes les phoques viennent s’échouer à son pied, comme pour confirmer la véritable vocation de cette construction d’apparence chétive mais qui chemine tout doucement vers un bicentenaire d’expositions à l’eau, au sel, au vent.
Il fallait sans doute qu’existe un point paroxystique de ce type pour séparer la Manche et la Mer du Nord… Car c’est là, au phare de Walde, précisément, que la délimitation entre l’une et l’autre s’opère. Dans ce no man’s land où le temps est ralenti, comme à la fin d’un film fameux de Kubrick.

Dernière prise de souffle avant Calais…

Renseignements utiles
– Pour accéder au site, le mieux serait encore de joindre le coeur du hameau éponyme et de prendre la voie vers la dune qui dessert le club hippique et la base de char à voile.
– La plage s’étend sur plus de 7 kilomètres. Les bottes sont souvent indiquées. je m’en suis sorti avec de bonnes chaussures de marche. Mais j’ai bien louvoyé !
– Un peu plus d’indications sur le phare de Walde, sur le site des phares et feux de France. Et ici, un hommage de 1867 à cette construction plutôt insolite.

Le Platier d’Oye

Entre Dunkerque et Calais, il existe un endroit de charme et comme souvent, de fragilité.
Le Platier d’Oye est le point terminal d’un espace gagné sur les eaux. C’est aujourd’hui un lieu très convoité.
Convoité pour la chasse, qui cristallise depuis longtemps sur le secteur une controverse médiatisée jusqu’au niveau national.
Convoité par la faune et la flore d’une exceptionnelle richesse, un cadeau de la nature à ce lieu artificiel qu’il a fallu,  justement,  protéger du tempérament de certains hommes par un classement du lieu en zone naturelle.
Convoité enfin par une mer un peu jalouse et désenchantée, elle aussi, par nos esprits impénitents. Ses assauts sont repoussés aujourd’hui tant bien que mal par des protections improbables. Celles-ci, comme nous le verrons, semblent toutefois efficaces (voir prochainement le dossier).
Passons donc en revue ces trois aspects.

Qui va a la chasse…

… Garde quand même sa place, mais pour plus trop longtemps.. Nous retrouvons à l’Est, en venant de Grand-Fort-Philippe, aux Ecardines précisément, des huttes, comme on les appelle ici. Les chasseurs ont au sujet de ces huttes le même statut que les bouilleurs de crus. Les huttes ne pourront être vendues pas plus qu’elles ne se passeront entre les générations pour continuer une pratique jugée indésirable par les autorités. Ce petit coin sans doute oublié par le jeu de pressions locales lors la délimitation de la réserve naturelle permet donc encore pour quelques temps de « planquer » aux ras des de bassins creusés exprès pour attirer les volatiles.

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Sur le reste du platier, les huttes ont été déplacées pour la plupart au lieu-dit du Fort Vert, vers Calais, tandis que d’autres, 6 au total, furent réinstallées juste à la frontière ouest du platier. C’est alors au tour des chasseurs de devenir verts. La mer a eu tôt fait de balayer 4 huttes. Fort marris, les chasseurs chassés par la marée se sont réinstallés dans la réserve et la situation a dès lors gentiment dégénéré. Après 4 ans de négociations jugées amiables, faute de pouvoir bouger les chasseurs, c’est le contentieux qui fut déplacé, sur le terrain juridique. Après avoir perdu au tribunal administratif puis en cassation, les chasseurs persistent à tirer les volatiles dans la réserve. On en vient parfois aux mains. Les écologistes en appellent finalement au droit européen, qui sanctionne alors la France… Aujourd’hui, les choses se sont un peu calmées, il ne reste donc que quelques « bouilleurs de crus » autorisés à distiller du plomb dans les flaques d’août à fin février, puisque des dérogations d’un mois sont accordées par l’Etat, la chasse devant normalement s’arrêter fin janvier.

Cette place est réservée !

Ainsi donc, le Platier d’Oye est un endroit exceptionnel dont la physionomie rappelle assez bien les dunes de Flandres en vertu d’une exposition identique face à la mer du Nord. La dune, de plus de 15 mètres, protège ici des polders situés jusqu’à 3 mètres en dessous du niveau de la mer. Ce milieu complexe associant dune et polder est également doté de vasières. Le tout devait être protégé.

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La mise en réserve naturelle date de 1987. On dénombre à ce jour plus de 230 espèces animales dont 85 patrimoniales et pas moins de 300 plantes avec plus 80 espèces protégées…

Un bras de fer engagé avec la mer

Un bras de bois plus exactement. L’action combinée du vent, de la mer et des activité anthropiques a nécessité d’équiper la plage de structures légères de défense conçues pour casser les énergies naturelles déferlantes. Ces aménagements se présentent sous forme de pieux enfoncés, de ganivelles posées en haut de plage…Certaines installations répondent aux noms poétiques de « peignes hydrauliques » et autres « casiers à vent », que les flots taquinent rituellement.

Cliquez sur ces images pleines de charme.

La dégradation de la dune par une tempête peut entraîner une submersion importante du secteur. Les 167 logements du hameau des Ecardines à quelques dizaine de mètres en retrait du trait de côte peuvent être inondés. Les autorités locales veillent au grain (de sable pour le coup). Ce ne fut pas toujours le cas par le passé. Un millier d’autres logements devaient être construits ici. Mais il reste que le hameau n’est pas à l’abri des conséquences d’une vilaine tempête quand d’autres ont rabioté au passage plusieurs mètres de protection en hauteur comme en profondeur. En tout cas la  dune recule de près d’un mètre chaque année.

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Prochaine étape dans les cieux et reflets des Hemmes de Marck.

Renseignements utiles
– Le déplacement est assez aisé, tant sur le rivage que sur les chemins aménagés dans la dune. Le franchissement de la dune pour accéder à la plage est possible pour les personnes à mobilité réduite.
– Voici la page du site des Réserves naturelles de France consacrée au Platier d’Oye
– Pour télécharger une plaquette de présentation de la nature au Platier d’Oye. Pour plus de détails sur la faune, la flore et les milieux, voir plutôt là. 
– La carte des cheminements du platier
– Un topo pédagogique sur les risques d’érosion marine spécifiques au Nord-pas-de-Calais et le rapport d’étude des risques de submersion marine en région avec des cartes détaillées. Le secteur de Oye-Plage commence page 153.
– Le Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs de la commune de Oye-Plage.

Un soir à Grand-Fort Philippe

Nous passons sur la rive gauche de l’Aa. Un temps maussade aux rimes d’une chanson triste de Jacques Brel laissera la place à la lumière du soleil couchant et à des ambiances de prises de vue très changeantes.
De ce côté du fleuve, l’embouchure, cernée par la digue, crée une vaste vasière bordée de maisons. C’est là que l’ancien hameau de pêcheurs de Gravelines a donné peu à peu naissance à un véritable bourg, devenu autonome depuis seulement 1886 et peuplé aujourd’hui d’un peu plus de 5000 habitants.

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Les maisons et la vasière, vues de la digue

On est imprégné par l’ambiance particulière de Grand-Fort-Philippe… Une ambiance souvent propre à ce qui est au bout de tout. Grand-Fort est au bout du chenal. Au bout de Gravelines, au point même de s’en séparer. Au bout de la zone d’influence d’une langue aussi, le picard. C’est même une enclave au sein d’un territoire dominé par la tonalité flamande. Alors ici, on a bricolé quelque chose de spécifique. Il y a ainsi tout un vocabulaire qui n’appartient qu’à Grand-Fort-Philippe. Cela a bien évidemment renforcé des liens spécifiques à cette communauté villageoise, au point que chaque habitant se voyait doté d’un surnom par les autres : Grand bobo, Kerkmé, Berlou…

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Le Calvaire des marins, au bord de la digue, point d’ancrage d’une procession le 15 août.

La pêche et la dureté du métier de pêcheur à Islande, jusqu’au début du XXème siècle, a sans doute fortement contribué à renforcer ces liens humains. La pêche à Islande faisait partir les marins 6 mois durant, de mars à septembre, à la recherche de la morue. Les conditions de cette pêche dans les eaux islandaises sont particulièrement rudes et dangereuses. Rendu sur place, le bateau se met à la dérive. Car la pêche s’effectue à la ligne. Le pêcheur reste pendant plusieurs heures sur son « mât de misère » à jeter, puis à remonter une ligne montée par deux hameçons. D’autres marins se chargent de récupérer  ces lignes à bord et et « d’habiller la morue » en la vidant et la salant avant de la stocker dans un tonneau (le paquage). Les épouses, au port, vont nettoyer les prises et les stocker à nouveau (repaquage) avant qu’elles ne soient fumées. Comme à la mine, tout le monde y était, créant cet étonnant mélange de dureté et de proximité.

Aujourd’hui, la pêche, malgré sa modernisation, a déserté les quais. Le Minck (criée à poissons) de Grand-Fort-Philippe a fermé. Il reste deux saurisseries artisanales et deux musées de la mer, l’un dédié à la pêche à Islande, l’autre au sauvetage en mer, derniers témoins de l’activité économique passée.

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Les quais du Minck, criée aux poissons, désormais fermée.

Au bout d’un monde, au bout d’une terre et d’une histoire la nostalgie prend aisément la place.
Aucun élément de modernité n’a encore recouvert, par son agitation, la puissance évocatrice des marques du passé, encore visibles, mais vides comme le sont les quais du Minck de Grand-Fort-Philippe.

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Et c’est le coeur plein de nostalgie, du gris béton de la digue ou des quais du Minck que l’on peut contempler, du meilleur point de vue, « l’autre côté », auquel, curieusement, aucun pont n’accède : Petit-Fort-Philippe, avec son phare pimpant et sa plage dégagée, prisée, vivante (voir l’article précédent).
Des salles de bal, des lotos, il reste en encore, malgré le dénuement du chômage et le désoeuvrement de la jeunesse, un caractère à Grand-Fort (Fort Flip’, comme dit ici), et cela jusqu’au coeur des frites, que nos grosses mains invitent à revenir souvent, comme l’aurait chanté Jacques Brel.

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Prochaine étape dans la nature, sur le Platier d’Oye, précisément.

Renseignements utiles :
– Pour passer de Petit-Fort à Grand-Fort-Philippe, il faut remonter le chenal de l’Ae jusqu’aux portes de Gravelines, soit un détour d’environ 3 Km ;
– Pour visiter les Musées de la Mer et du Sauvetage de Grand-Fort-Philippe ;
– Une liste autant amusante qu’intéressante des surnoms donnés aux habitants de Grand-Fort-Philippe.