A – La Côte d’Opale

Le long de Gravelines (de la centrale à Petit-Fort)

Voir également le dossier thématique n° 7 attaché  : Les centrales nucléaires en bord de mer

Quand on évoque Gravelines, on pense immanquablement à la centrale nucléaire. S’y rendre pour l’agrément du lieu parait aussi crédible que de programmer une promenade romantique à Maubeuge au clair de lune. Pourtant Gravelines est une assez belle cité, encore marquée par le charme de ses fortifications et de ses canaux… La taxe professionnelle de la centrale apporte le reste : l’argent, pour les fleurissement et les infrastructures…  La ville ne s’est donc pas enrichie qu’en uranium,  du temps où Thierry d’Alsace, comte de Flandre, y établit son port,  jusqu’à la période contemporaine d’Albert Denvers, son maire pendant plus de 50 ans si l’on tient compte du mandat accompli par sa propre épouse… Albert Denvers a pour sa part donné à la ville une centrale, une communauté urbaine et une équipe de basket. Ah oui ! le basket aussi… Le lieu fut le théâtre d’un importante activité portuaire jusqu’à ce que l’embouchure de l’Aa s’ensable. C’est là que Dunkerque a ensuite pris le relais… Nous aborderons donc quelques aspects de Gravelines en focalisant comme il se doit les sites littoraux attachés à la commune : – la centrale nucléaire, lauréate des particularismes toutes catégories ; – et Petit Fort Philippe au couchant, quand même plus sympa que l’astrologie dans la Sambre…

La centrale nucléaire la plus…
C’est une centrale à six réacteurs,  l’une des deux plus grosses d’Europe. Elle détient le record de production énergétique au Monde jusqu’à ce jour… On peut d’ailleurs la compter dans le Top 5 mondial des plus grandes centrales depuis qu’une d’entre elles, plus puissante, est à l’arrêt au Japon. A28-160415CentraleGravelines2

La centrale de Gravelines ne devait compter que 4 réacteurs. Mais la destitution du Sha d’Iran a provoqué la dénonciation par Komeini d’un contrat de deux réacteurs destinés à ce pays . Comme quoi les temps changent… Quoiqu’il en soit, les deux orphelines ont été charitablement accueillies par Albert Deniers. Gravelines  est non seulement la plus grande centrale nucléaire de France,  mais est aussi bien seule à être installée sur un polder. C’est sur ce même polder qu’on eut à déplorer 1800 morts aux Pays-Bas et en Belgique, des suites d’une submersion marine en 1953… Sur quatre centrales sur des polders, trois sont d’ailleurs implantées sur le même…  D’où le dicton : « Point n’est besoin de tsunami pour avoir des soucis« .

A28-081213CentraleGravelines07

EDF  s’est senti contraint de remonter ses défenses de côtes. Elles culminent aujourd’hui à 9 mètres. Le Braek (voir article) est à 12m50, Arcelor est donc plus protégé que la centrale. Malgré cette défense, le risque de submersion ne peut peut pas être écarté. La centrale est en effet refroidie par l’eau de mer captée dans l’avant port de Dunkerque. La consommation d’eau de Gravelines correspond au débit de la Seine à Paris. Le canal d’amenée est au niveau de la mer, c’est donc un lieu par lequel l’intrusion marine peut se faire. La partie plus au Nord où sont les voies ferrées emmenant les déchets combustibles à la Hague ou au Tricastin serait également sujette au risque de submersion. Les batardeaux ne sont pas constamment mis en place et certains s’interrogent sur la suffisance du temps nécessaire pour les installer en cas de besoin. En cas de forte marée (coefficient supérieur à 110, il y en a plusieurs par an), les digues devraient suffire, sauf s’il y a conjonction d’un vent du large, d’une tempête et de la houle qu’elle déclenche.

A28-081213CentraleGravelines04

Derrière cette falaise de dune, une ferme aquacole de bars et dorades profite de la chaleur de la température de l’eau produite par la centrale.

La centrale se situe surtout au débouché de la vallée de l’Aa et au coeur d’un système d’évacuation des eaux intérieures à la mer (le système des wateringues). On évacue beaucoup moins d’eau en cas de marée particulièrement haute et à plus forte raison quand celle-ci est exacerbée par la houle. C’est donc à une invasion aquatique venue de l’intérieur qu’il faut aussi s’attendre. Une crue du Schelvliet, cours d’eau commandé par une écluse (plus de première jeunesse) qui, en cas de dysfonctionnement, provoquerait l’invasion des eaux de l’intérieur et comporterait un risque majeur qui aurait pour conséquence minimale d’isoler la centrale de son environnement et de rendre possible l’incident majeur par explosion ou fusion d’un coeur de réacteur (voir plus de détails). Tout cela est reconsidéré depuis Fukushima. La « Côte Maximale de Sécurité » a été recalculée et Gravelines n’est pas dans les clous. Et pour qu’elle le soit ça va coûter des sous… Le Long de la centrale s’étend une assez belle plage prisée pour l’activité nautique, la pêche en surfcasting, et le ramassage de vers pour cette même pêche.

Nous arrivons à Petit-Fort-Philippe

Ah ! Petit-Fort… … S’exclamait un ami journaliste quand il vit la photo ci dessus à la une que j’ai utilisée pour les réseaux sociaux. Il faut croire que la puissance évocatrice de ce lieu-dit emporté par la fantaisie d’un phare de carnaval, fermant la course lente de l’Aa, recèle de bons moments. A30-041013GrandFortPhilippe110

Petit-Fort-Philippe est un hameau de Gravelines datant du XIXème siècle. Son phare, doté de 116 marches domine depuis 1843 le niveau de la mer de 30 mètres. Tout blanc à l’origine, il fut repeint en 1924 car les marins peinaient à le distinguer. Il marque l’entrée du chenal de l’Aa canalisé permettant de joindre Gravelines, qui fut jadis un grand port desservant les marchands de draps de Saint-Omer jusqu’à son ensablement. La pêche à Islande et le commerce de denrées pour l’Angleterre furent peut-être, avec le bois nécessaire au chantier naval de Grand-Fort-Philippe, les dernières activités économiques nécessitant d’emprunter le chenal. L’Aa inspire encore l’économie au XXème siècle… C’est à Petit-Fort-Philippe qu’est lancée Delta FM ! Sur cette image de soirée tombant sur Petit-Fort (image non traitée), notre prochaine étape présentera cette fois Grand-Fort-Philippe…

Renseignements utiles :

– En venant de Dunkerque, la centrale nucléaire crée une autre rupture après le port ouest. Il faut contourner la centrale  pour parcourir la plage qui s’étend devant l’usine. On peut aussi y accéder à partir de Petit-Fort-Phiiippe. Compter alors une bonne heure aller-retour au moins, la « texture » du sable ne permettant pas toujours de progresser rapidement.

– Nous reviendrons sur certains détails de la centrale de Gravelines dans un dossier consacré aux centrales nucléaires de bord de mer.

Le Port Ouest de Dunkerque

La découverte du grand port de Dunkerque s’achève sur cette partie d’infrastructure la plus occidentale et la plus récente. Celle-ci est interdite d’accès au public. Pierre Tollé (voir dossier sur les officiers de port) m’accompagne donc toujours. Le temps n’est une fois encore pas de mise. On fera avec.

Avant le bassin du port, nous marquons un temps d’arrêt au poste d’une écluse particulière, l’Ecluse de Mardyck.

Un peu plus loin encore, la route longe « Notre Dame des Containers ». un étrange oratoire dont on se sait s’il est érigé pour le recueillement des marins ou des routiers. Des deux, peut-être… On distingue les portiques du port.

A27-081213EgliseContainers1

Nous voici, cette fois, au coeur du Port Ouest. Son tirant d’eau de plus de 18 mètres permet d’y accueillir vraquiers, pétroliers,  porte-conteneurs et navires rouliers parmi les plus grands. Ici, 200 hectares sont consacrés à la logistique et 30 à l’accueil de pondéreux (bulk en anglais, des charbons et minerais). Certaines entreprises bord à quai profiteront de ces déchargements mais la plupart des minerais seront acheminées dans d’autres usines françaises et d’Europe. Plus de 5 millions de tonnes seront ainsi déchargées ou transbordées chaque année. Le terminal à conteneurs, s’étalant sur 1200 mètres juste en face du terminal à pondéreux, accueille pour sa part, grâce à un tirant d’eau de plus de 16 mètres, les plus grands porte-conteneurs à pleine charge.

Le Port Ouest, c’est aussi le départ d’une ligne de ferries jusque Douvres transportant plus de 2 millions de passagers et 500 000 camions par an. Le terminal méthanier devrait accueillir son premier navire en septembre 2015 pour une mise en froid de l’usine.

Avant d’en terminer avec le port, je souhaite rendre un hommage à tous les personnels du port qui m’ont accueilli en toute simplicité.

Le Port de Dunkerque croit à son avenir et dispose pour cela d’une très bonne accessibilité depuis la route maritime la plus fréquentée du Monde, à 90 minutes plus au large, et d’une réserve d’espace très importante.

Ainsi se termine l’expédition sur ce port en 4 volets.

Prochain cap sur Gravelines, sa centrale, Grand fort Philippe et Petit Fort…

Renseignements utiles :

– Tout sur le grand port de Dunkerque et  l’intéressant rapport d’activité « Dunkerque 2014 » dont la plupart des chiffres de cet article sont tirés.

– Il faut aussi noter que cette activité portuaire ou justifiée par la présence du port n’est pas sans comporter des nuisances certaines et des risques majeurs La multiplicité des installations concernées . Les pouvoirs publics ont édité une sorte de « guide de survie » à destination de la population. Le Plan local d’urbanisme aborde également ces questions.

Le long de la Digue du Braek

Une route désespérément droite, interminable, flanquée d’un large pan incliné vers la mer.  Et un phare à l’allure improbable, à l’image de la Flandre. Il marque le point final de ce long tracé. C’est le phare de Saint Pol, classé monument historique.  Et puis du monde, ou absolument personne, façon ambiance de la La mort aux trousses, version bord de mer. C’est la digue du Braek (brisoir, en flamand). Ce large rempart couvert d’un enrobé bitumineux de 6 km de longueur a été érigé là pour protéger les installations industrielles et le bassin minéralier (voir l’article précédent), creusé à 13 mètres de profondeur. Pour cela, 14 millions de mètres cube de sable ont été déplacés sur le site de l’usine afin de rehausser cette dernière à 9 mètres au dessus du niveau de la mer. Le complexe sidérurgique auquel la digue fait face depuis les années 60 sature l’atmosphère d’un bruit de fond permanent, parfois ponctué par celui des matières tantôt chargées dans les soutes des navires, tantôt déversées sur les quais. Le vent charrie parfois le parfum des brûlures. Une odeur de travail…  

Mais le soir venu…. Le Braek est  un lieu où la circulation est interdite… mais tolérée. Aux beaux jours les lieux sont même très fréquentés. La plage est très belle et surtout très pratique pour les familles et les camping-caristes souhaitant garder leur véhicule à portée de main. Hors saison, les pêcheurs en surfcasting y prennent leurs quartiers, en général en soirée. Et c’est sans aucun doute  au coucher du soleil que l’endroit a le plus de charme…

Ici, la pêche à la crevette se pratique à pied mais aussi avec le Manoot’che, un crevettier établi à Dunkerque.

Mais la pêche la plus courante, c’est incontestablement le surfcasting, ou « pêche dans la vague », pratiquée seul ou entre amis. Souvent, le Braek accueille des concours. Des cannes de plus de 4 mètres se retrouvent alignées. Le pêcheur doit alors scruter le mouvement des eaux à plusieurs dizaines de mètres ou avoir repéré les lieux avant que la mer monte. On cherchera la bâche , ce creux de sable où sont souvent les poissons, à moins que le bar, particulièrement recherché, ne soit provoqué au coeur des vagues, où il préfère chasser. A l’approche de la digue du Clipon désormais interdite d’accès à cause du terminal méthanier encore en construction et dont les cuves s’imposent à l’horizon, la nuit tombe sur les pêcheurs. Les prises s’annoncent belles, comme les couleurs.

Renseignements utiles : – Le pont de l’écluse Charles de Gaulle qui permettait de joindre la digue du Braek à partir de Dunkerque, en traversant le Risban ne fonctionne plus. Et il est peu probable qu’il soit réparé un jour… On ne peut donc plus passer, ce qui est extrêmement problématique pour les cyclistes et les piétons. Cette rupture récente oblige à contourner sur plusieurs kilomètres le bassin minéralier dans des conditions peu sécurisées, afin de joindre le Braek par Mardyck. – La zone du Braek est classée Natura 2000. Le site du port édite de passionnantes cartes de cette zone. – Et pour les nostalgiques des années 70, un petit film sur les loisirs pratiqués sur la digue !

Le bassin minéralier (port de Dk)

Les lieux côtiers que j’ai fréquentés dans ma jeunesse sont rares. On n’allait quasiment jamais à la mer. Mais celui-ci en fait partie. A l’occasion d’un voyage de classe, je quittai bassin minier du Pas-de-Calais pour aller visiter cette industrie saisissante qui s’appelait Usinor. Je ne crois pas avoir vu la mer ce jour là. Mais je me rappelle de sensations fortes et contrastées…
D’un côté, une attirance familière, presque irrépressible pour l’usine. Avec un père verrier et des friches industrielles comme principaux terrains de jeu et résidences secondaires on peut aimer l’usine, viscéralement. Et Usinor, ce n’était pas de la petite usine.
Et de l’autre côté, on ne peut échapper au sentiment d’oppression qui se fait sentir face à la démesure de l’élaboration de l’acier, en ce lieu sombre, sale, bruyant, imprégnant tous les sens d’une redoutable pesanteur.
Mais les vapeurs, les odeurs, les couleurs, les sonorités du crassier ne venaient pas à bout du trait de lumière immaculé du métal en fusion, canalisé par d’improbables dompteurs, totalement recouverts d’une intimidante cuirasse (qui aurait pu servir de tenue de pluie pour le bras droit de l’Empereur), et pourtant minuscules dans le décor.

A22-190115CapitainerieDK47

Que reste-t-il de ce temps qu’on prédisait déjà proche de la fin pour Usinor, devenu Sollac, puis Arcelor, avant d’être rachetée par le géant Mittal ?  Eh bien, à Dunkerque, il reste presque tout. Sur 14 sites sidérurgiques nordistes,  la région n’en garde qu’un « bord à quai ». Il doit entièrement sa survie à la mer et à la qualité du port qui assure sa desserte.
Nous contemplerons cet univers de l’extérieur. En déambulant le long du bassin minéralier.

Panorama sur les activité du port central

Le long des quais bordant  le « bassin minéralier » (selon l’ancien vocable) résident en fait plusieurs terminaux de vrac amené, via l’écluse Charles de Gaulle, par d’imposants bateaux, jusqu’à 14,20 mètres de tirant d’eau.
On y reçoit toutes les matières premières d’ArcelorMittal, mais aussi des céréales, des matières pétrochimiques et un vrac solide sous des formes multiples. On y expédie la chaux, le blé,  l’acier…
On voit aussi l’usine sidérurgique engloutir les matières et les rejeter…

A26-190115QuaiMineralier084

Environ 2 kilomètres de quai permettent d’accueillir plusieurs navires en simultané. La seule activité d’approvisionnement d’ArcelorMittal permet de disposer en même temps 5 navires à quai.

Cliquez (absolument) dès la première photo

L’activité pétrochimique connaît quant à elle un fort bouleversement depuis la fermeture de Total. En 2013, elle représente encore 3 millions de tonnes. Au Port Central, deux appontements lui sont pour l’heure consacrés.

Accompagnés par le Capitaine Pierre Trollé (cf. dossier 6), nous allons maintenant pénétrer dans une zone qui n’est pas libre d’accès pour approcher ces activités en bord quai. Le temps n’était pas de mise. Tant mieux. Il faudra peut être revenir un jour sous un soleil de plomb. Et l’atmosphère serait, soyons en certains, radicalement différente.

Les entrailles de la bête

Elle fume encore de toutes parts, l’usine sidérurgique de Dunkerque. Sur ce décor déjà en soi irréel, l’averse vient de tomber et le ciel reste chargé. L’atmosphère est aussi lourde que l’acier qui s’étend sur les quais.

L’usine de Dunkerque produit ainsi plus de 200 nuances d’acier différentes, principalement pour l’automobile, mais aussi pour l’emballage, l’électroménager, le mobilier… L’avenir de l’usine ne dépend pas seulement de sa situation maritime. Il tient aussi à la qualité de sa production.

Un bout de quai laissé en vrac…

Sur les mêmes quais, on  charge la chaux extraite des Carrières du Boulonnais et transportée par wagons. On y reçoit du sable de déneigement. Et toujours la ferraille et autre petit vrac industriel que des grosses pinces invitent à revenir souvent (air connu). Le tout représentent près de 3 millions de tonnes chaque année.

A26-190115QuaiMineralier060

Ambiance aux tonalités de fin du monde sur la plateforme petit vrac, en bout de quai. On y trouve pêle-mêle, en tas coke, laitiers ferraille et divers minéraux…

 Cliquer sur les photos.

Au bon coin des pigeons

Les céréales du Nord de la France sont dispersées dans le Monde entier…

 Cliquer sur les photos.

En tout, 330 000 tonnes de produits agricoles peuvent être stockés sur le port qui sera en mesure d’en expédier entre 1 et 2 millions de tonnes par an…

La nature quand-même…

Malgré des conditions très défavorables (activités humaines, présence de métaux lourds dans le bassin), une faune assez riche peuple les lieux.
Les pêcheurs apprécient les tacauds, flet, lieux, merlans et le bar qui y séjournent à la faveur d’eaux plus chaudes.
Fréquemment suivis par les ornithologues (tous les 10 jours !), le bassin minéralier est également bien utilisé par des espèces d’oiseaux pélagiques (qui vivent d’ordinaire assez loin au large). Ceci offre un moyen assez exceptionnel d’observation de cette faune pour le Nord-Pas-de-Calais.

A26-190115QuaiMineralier022

Des foulques macroule, ralidées qu’on rencontre plutôt en eau douce, s’effraient à l’approche.

Par l’écluse Charles de Gaulle, certains mammifères marins parviennent pendant un temps à s’y faufiler. Ainsi peut-on observer phoques et marsouins, avec un peu de patience et d’attention.

Le tout dans un lieu improbable. La nature, donc surtout.

Nous terminons notre excursion autour du bassin minéralier du port de Dunkerque par une nuit de pleine lune de septembre !

A26-200913DkBraek140

Après le Port Est et avant d’aborder le Port Ouest, je vous propose de faire un break  (celle-là elle est facile !), pour une soirée de pêche agréable.

Prochain article : la Digue du Braek.

 Renseignements utiles

– Le bassin minéralier n’est gagnable qu’à partir de la digue du Break. Les quais ne sont pas accessibles sans autorisation (poste de garde). Pour aller sur la digue du Break, il faut désormais passer par Mardyck. Le pont Charles de Gaulle à Partir de Dunkerque reste toujours levé.
– Pour en savoir plus sur ArcelorMittal : des pages françaises sur le site de Dunkerque
– Un excellent site illustré sur la sidérurgie de Dunkerque, du nord de la France et d’ailleurs
– Et pour terminer, le non moins excellent rapport d’activité « Dunkerque 2014 » dont la plupart des chiffres de cet article sont tirés.

Dunkerque – le port industriel, Bassin Freycinet

Quelques activités disséminées sur des quais démesurés… Même les plus gros cargos « nagent dans le costume », Bassin Freycinet.
L’activité fébrile n’y est plus, mais… Le port de Dunkerque est encore pour le curieux un port industriel « à vivre ».
Une fois que nous quittons le Môle 1 reconquis par la ville (cf. la fin du précédent article), voici en effet les premiers remorqueurs,  les cargos et leurs matières sur les quais. Fait rare : ici, nous pouvons approcher certains grand bateaux.  Ailleurs, les quais sont souvent interdits d’accès, au point parfois d’occulter la vue sur la vie portuaire, jusqu’aux plus imposants bateaux… Les nouveaux enjeux portuaires de Dunkerque sont désormais placés hors la ville, Port Ouest. Et ceci explique certainement la tolérance des badauds quasiment partout sur les quais. C’est une grande chance dont nous allons profiter !

A25'020914DKFreycintet02

Nous longeons le Bassin Freycinet, du nom d’un ministre qui en ordonna la mise en chantier dans la seconde moitié du XIXème siècle à la demande d’un industriel et sénateur dunkerquois, Jean-Baptiste Trystram. Du temps de l’Empire, Napoléon avait tout misé sur Anvers… Et puis l’Empire a perdu Anvers. Avec cette réalisation complétée d’écluses, de darses et autres formes de radoub,  Dunkerque n’est résolument plus un port d’échouage, mais un grand port doté d’un immense bassin à flot disposant de plusieurs kilomètres de quais, grâce aux môles délimitant les darses. Les bâtiments, grues et autres gros équipements suivent et Dunkerque devient grâce au bassin le troisième port industriel français juste avant l’entrée dans le XXème siècle… Position qu’il a gardée jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, on parle du Port Est pour dénommer ce bassin accessible par les écluses Watier, Trystram et Charles de Gaulle. Diverses marchandises y transitent à partir de terminaux plus ou moins spécialisés, consacrés essentiellement au vrac liquide ou solide, au sucre en sac, à l’expédition de ciment. Sans oublier la réparation navale.

Du vrac

Les quais de Bassin Freycinet accueillent toutes sortes de marchandises dites conventionnelles. Des colis lourds y transitent tels que les mats d’éoliennes. Des activités plus anciennes, il reste encore un terminal sucrier. Le vin, le tabac, mais aussi la laine qui y transitaient encore au milieu du siècle dernier, c’est désormais terminé.

De la réparation navale

Les chantiers navals sont fermés (cf précédent article). Mais le port accueille encore de nombreux navires et des plus grands pour réparation ou simple escale technique. Aux anciennes cales de radoub se sont ajoutés d’importants docks flottants capables de mettre en cale sèche des bateaux imposants….

De la chimie

Du point de vue portuaire, cette activité compte parmi le vrac liquide. En venant de l’est, tout au fond du bassin Freycinet, des concessions pour l’activité pétrochimique ferment l’accès de celui-ci vers le l’ouest, sécurité oblige. C’est alors au nord, en revenant sur ses pas, par l’écluse Charles de Gaulle,  que l’on pourra accéder (quand le pont veut bien descendre) à un autre bassin, qu’on appelle souvent Bassin Minéralier, mais qui dessert aussi un autre terminal pétrochimique (voir le prochain article, le long de la Digue du Break).

Et de l’attente aussi

Ces deux superbes navires admirablement proportionnés, par exemple, sont des bateaux d’observation scientifique en quête d’acheteur(s). Les quais du Bassin Freycinet c’est un peu la salle des pas perdus des grands bateaux en errance, bien que ces derniers n’ont pas plus de jambes que les petits. Pour cette catégorie de navire, même si la comptine ne le dit  pas, c’est pareil.

A24'-141214DkFreycinet04

Un air de nonchalance et de désuétude règne ici. La disproportion entre la longueur des quais et leur fréquentation actuelle en est la principale cause. la prégnance des bateaux venus là parce qu’ils avaient justement besoin d’un lifting est est sans doute aussi une autre. Au Port de Dunkerque il y a encore de quoi faire. Environ 3000 hectares sont disponibles pour implanter de nouvelles activités. Et n’oublions pas que nous n’avons abordé ici qu’une partie du port industriel.
Un deuxième monde portuaire va bientôt nous ouvrir ses portes, celui qu’on appelle le Port Centre ou bassin minéralier, le long la Digue du Break.

Renseignements utiles :
– Comme indiqué dans l’article, en flânant d’un môle à l’autre,  on peut approcher dans certains cas les bateaux (sauf pour les apontements pétrochimiques et le secteur de la réparation navale) Le tour du bassin est quand même long et complexe sans plan. Mieux vaut s’en trouver un. Si l’on a des jumelles, il est bon de les prendre. Les axes desservant les môles sont fréquentés. Rester prudent.
– Passage obligé sur l’intéressant site web du Port de Dunkerque. On y trouve non seulement d’appréciables renseignements sur l’activité du port, mais aussi une divertissante visite virtuelle, ou encore, la liste des bateaux à l’approche, à quai, sur le départ (avec leur destination)… C’est en rubrique « Activités commerciales ». Le téléchargement du dernier rapport d’activité (pas si difficile à lire) est aussi possible. Sur la même page, le plan du port.
– Pour connaître les bateaux  mouillant dans le Port, consulter cette carte. En dézoomant, on se rend compte en temps réel de l’importance du trafic dans le détroit. On peut cliquer sur tous les bateaux. Assez addictif.
– Il est aussi possible de localiser les grands navires sur les mers du Globe en temps réel grâce à ce site. Adorable. Il faut juste connaître des noms de navires.

 

 

Dunkerque – la reconquête de l’est

Voir également le dossier associé– Bateau d’intérêt patrimonial (BIP), avec La Goele – Dossier 5

Après une série de dossiers thématiques, nous reprenons la marche où nous l’avions laissée…
Nous voici donc arrivés dans la cité de Jean Bart. Nous l’étions en fait déjà depuis Malo.
J’ai parcouru le quartier est, qui est en fait le centre ville en trois petits séjours très rapprochés. Trois parties de cache-cache avec la lumière… Ces trois temps à l’atmosphère homogène, paisible et mélancolique, m’ont offert l’imprégnation d’un lieu terrestre à nouveau concilié avec l’élément marin. Il y a si peu de temps encore, les lieux devaient être marqués par la frénésie laborieuse et bruyante du chantier naval et d’entrepôts de marchandises diversement odorantes. La mer était avant tout un support de travail. Un support, du reste, capricieux et attirant comme un aimant toutes sortes d’activités dont on cherchait à se préserver. Les aménageurs se sont rapidement penchés sur la béance laissée par leur disparition assez précipitée. Et cela donne le résultat d’aujourd’hui : un secteur portuaire progressivement réintégré à la ville, sans toutefois exclure toute l’activité économique gardant la mer comme support. Une sorte de nonchalance, à la danoise, dirais-je,  habite ainsi peu à peu les quais jusqu’au port autonome. Le calme avant la tempête ?… Ici, la mer sait encore être menaçante. Des quartiers de Dunkerque ont connu la submersion marine au milieu du siècle dernier. Une digue, récemment protégée à grand frais pour avoir été malmenée l’hiver dernier, protège l’arrière pays. Espérons-la solide.

Dunkerque, de port en port

L’ « Eglise dans les dunes » – traduction du flamand « duin kerke » – est le nom que porte la ville depuis plus d’un millénaire. Elle fut toutefois pendant un temps nommée « Dune libre » à la Révolution…
Le port le plus septentrional de la métropole, n’était à la fin de notre premier millénaire qu’un petit bourg de pêcheurs luttant inlassablement contre l’eau d’où qu’elle vienne. On pense bien sûr à la submersion marine. Mais l’arrière-pays dunkerquois n’offre pas de pente propice à un bon écoulement de l’eau. Aussi, les Hommes ont d’abord du avoir raison de l’ingratitude des lieux par d’importantes infrastructures d’assèchement et de drainage, désormais poursuivi par ce qu’on appelle les « Wateringue ». Un travail inimaginable quand on pense qu’il fut réalisé sans les moyens d’aujourd’hui…

C’est justement à l’est de la ville en venant de Malo que l’exutoire de toute cette eau se jette dans le chenal. Et c’est là aussi que les risques de gros pépins se trouvent aussi…

Cliquez donc sur les photos

Dunkerque doit sa prospérité passée à une situation idéale entre l’Angleterre, grand fournisseur de laine et Saint-Omer, haut lieu de confection de draperies au Moyen-Âge relié au port par cours d’eau et canaux. L’ensablement de l’estuaire de l’Aa à Grand-Fort Philippe, un premier temps choisi pour ce commerce, y a été également pour quelque chose…De port principalement consacré à la reception-expédition de toutes boissons alcoolisées  – il fallait bien expliquer la persistance de certaines manifestations par l’Histoire ! – Dunkerque est ainsi devenu un important port de commerce textile, avant de devenir tout à tour port emblématique de corsaires puis de la pêche au hareng et enfin, le port industriel que l’on connaît, tiré notamment par bon nombre d’usines SEVESO installées dans toute l’agglomération. Le chantier de construction navale fut une des activités industrielles majeures du port.

Du chantier naval à la reconquête du cadre de vie

La guerre et l’industrie laissent de profonds stigmates pendant tout le XXème siècle. Mais à l’heure des crises et des friches d’avant 2000, la ville finit par se renouveler sur elle-même à la faveur de grands projets urbains. Le Master plan de  Dunkerque décliné par le projet Neptune, cherche à ne plus séparer l’emprise urbaine des espaces associés à la mer que sont les différents bassins du centre-ville. Nous en avons une manifestation sur l’ancien site du chantier naval.
L’activité de chantier naval s’est éteinte dans les années 80, renvoyant 2500 travailleurs au mieux dans les usines proches. Quelques années plus tard, le projet Neptune est lancé sur 43 hectares des friches laissées par la Normed qui a succédé aux ACF (Ateliers et Chantiers de France). Le nouveau projet du Grand Large prévoit la construction de 1000 logements, avec pôle de culture et de loisirs en lieu et place d’une industrie qui fabriqua là 300 navires en moins de 100 ans…

Cliquez sur les photos

La page des chantiers navals est tournée par la quasi démolition de l’ensemble industriel qu’il a formé.  Neptune est le Dieu des océans. Malgré l’éloignement vers l’ouest de l’activité portuaire, sous les auspices de Neptune, Dunkerque gage de rester résolument tourné vers la mer. Et le mariage entre habitat, culture, loisirs et pêche semble bien fonctionner.

Les Bassins du Commerce et de la marine, entre plaisance et patrimoine

En poursuivant vers l’ouest, nous arrivons au coeur de Dunkerque, face au quartier de la Citadelle. Ce sont les quais les plus fréquentés des visiteurs.  C’est ici que la reconquête urbaine a commencé. Le lien avec l’histoire est assuré par le musée du patrimoine maritime.  Celui entre l’espace maritime et l’espace urbain est  efficacement rempli par l’imposant Hôtel de Communauté, sorte de pont entre le port et la ville, qui fait penser à certaines constructions médiévales réalisées sur des ponts. Ajoutons quelques bateaux anciens pour la plupart visitables, des bateaux de plaisance et de nouveaux commerces, le tout dominé par la vénérable Tour du Leughenaer. Dans ce secteur, la mue est terminée et les plaies du déclin pansées par de nouveaux usages tous voués à la qualité de la vie.

Cliquez sur les photos

Le quartier de la Citadelle : nouvelle emprise d’une ville sur ses bassins

Le trident de Neptune vient enjamber de ses trois ponts un quartier historique doté d’activités portuaires résiduelles. Derrières les bâtiments entourant les bassins du Commerce et de la Marine, d’autres activités tertaires se sont déployées. L’université du littoral est la plus importante d’entre elles. En remontant plus au Nord en direction du phare, on retrouvera une activité économique plutôt centrée sur la plaisance et la réparation navale, quelques entrepôts et des écluses fréquentées par des navires assez impressionnants passant là comme le feraient des péniches….

Cliquez sur les photos

Le Môle 1 : nouvelle emprise urbaine sur les bassins

Nous atteignons maintenant le Bassin Freycinet, aménagé il y a plus d’un siècle pour préparer le port à répondre aux aspirations industrielles des entrepreneurs du littoral. On rencontre peut-être ici les efforts persévérants d’une ville encore en lutte pour un avenir enfin soutenable quoique celui-ci soit paradoxalement rendu incertain par la crise économique occidentale dont Dunkerque paie le tribut depuis un quart de siècle. En attendant que l’ancienne Halle aux sucres se dévête d’un imposant corset de chantier pour devenir le learning center dédié aux villes durables auquel l’ancien entrepôt semble destiné, les traces de l’activité passée du Môle 1 sont encore très présentes. On les croirait presque bénéficier du sursis d’actions artistiques et culturelles éphémères qui les réhabilite un temps, d’une certaine manière, en les prenant comme supports. Pénétrer sur le Môle 1, c’est  d’ailleurs un peu comme si l’on approchait du repaire d’un gros animal. Les lieux sont jalonnés d’indiscutables indices que celui-ci évolue là, tout près. Les formes d’expression murale se veulent en effet plus denses à la mesure que la colonie humaine entend remettre l’humanité au coeur d’un no man’s land d’asphalte, de brique et de béton. Fructôse soutient la jeune création artistique et son repaire se tient là, Môle 1. C’est une belle occasion de fréquenter le Môle et ses bâtiments, tels qu’ils s’offrent encore à la compréhension et à la mémoire de tous.

Cliquez sur les photos

Dans ce gigantesque travail de reconquête urbaine, les aménageurs semblent avoir choisi d’effacer les traces du passé industriel du port du centre-ville. Certains diront que si le port était resté à la même place, l’adaptation aux exigences de modernisation des infrastructures qui en aurait découlé aurait conduit au même résultat. De plus, à l’instar de certains autres ports, les dispositions de sécurité partout mis en vigueur depuis les attentats de 2001 auraient accentué la rupture entre la ville et le port. C’est peut-être au Môle 1 que se provoquera l’amalgame de la mémoire, indispensable pour construire l’avenir, et de la reconquête progressive des bassins par la ville. Nous sommes juste à la frontière de ce qu’il reste de l’activité du port commercial dans la ville. Frontière que nous allons prochainement passer ! En attendant, à Dunkerque, le plus bel hommage vivant à la mémoire est peut-être finalement donné par la conservation de 6 navires remarquables auxquels s’ajoute, entre autres, la Goele. Peut-être est-ce là qu’il faut poursuivre les efforts de l’agglomération pour donner corps à l’Histoire…

Renseignements utiles :

– Compter au moins trois heures en extérieur pour découvrir le port est, sans compter les musées, donc. Nombreux commerces et lieux de restauration ou ravitaillement à proximité. Un plan s’avère nécessaires si l’on ne veut pas perdre de temps à s’égarer où si l’on ne veut pas se fatiguer les jambes à chercher les passage d’un quai à l’autre… Se perdre n’est toutefois pas dans tous les cas une mauvaise option.
– Sur les technologies de lutte contre la submersion marine en Flandre, liée au Canal Exutoire
– Sur le projet urbain Neptune et le Masterplan de Dunkerque, quelques vues et cartes du projet
– Sur Dunkerque Grand Large

Malo, reine du nord

Malo porte le nom du fils du dernier corsaire dunkerquois, qui fut à l’origine de la station. Certes, nous sommes déjà à Dunkerque. La station balnéaire de Malo est rattachée à cette ville depuis 1970, mais n’empêche ! Malo garde suffisamment de caractère et de prestige pour se donner, quand elle veut un petit air de principauté sans rocher. Prestige de sa bande de carnaval. Prestige de son « Kursaal ». Prestige enfin et surtout de sa magnifique plage. Sans oublier ses belles demeures tournées vers la mer…

Dans les Flandres, le carnaval reste une tradition bien présente. Mais c’est incontestablement à Dunkerque et dans son agglomération que se tiennent les plus fameuses « bandes », dont les dates fluctuent au gré du mardi gras. On remonte au XVIIème siècle pour observer que les armateurs organisaient une fête pour les pêcheurs avant leur départ pour six mois de campagne en Islande. On profitait aussi de l’occasion pour verser aux pêcheurs la moitié du salaire en acompte. La forme actuelle du carnaval serait ensuite façonnée par diverses circonstances. Le travestissement, par exemple, est survenu par l’arrivée des masques dans la fête un jour où celle-ci s’est déroulée le mardi gras. Les ombrelles, pour leur part, ont investi le carnaval une fois où la météo a fortement suggéré l’usage de parapluies. Et depuis elles y sont restées… Le point culminant de ces festivités dunkerquoises, qui s’étalent sur trois mois, se situe au moment des « Trois joyeuses », trois jours de pure folie et d’allégresse, qui débutent le dimanche précédent mardi gras avec la « Bande des pêcheurs » et son lancé de harengs du haut du beffroi de l’Hôtel de ville de Dunkerque. La bande de Malo, qui se tient le dimanche qui suit le mardi gras, est parfois appelée la « Quatrième Joyeuse  » en raison d’une popularité n’enviant rien à ces trois soeurs aînées. La bande de Malo est aussi réputée pour être familiale. Les enfants y prennent part. Si Malo est un haut lieu du Carnaval, c’est aussi en raison des bals les plus renommés qui s’y déroulent, grâce à l’existence de l’imposant Kursaal (terme désignant des salles de loisirs des Flandres). Le Kursaal est en bord de mer. Le Bal du chat noir ouvre la saison carnavalesque du Kursaal… Le Bal des corsaires, grandiose, est le plus populaire. Tous ces bals ont des finalités philanthropiques depuis leur origine. Le bal des corsaires, par exemple, pourvoit d’importantes sommes pour soigner les enfants dunkerquois malades et contribue à financer la Société Nationale de Sauvetage en Mer (la SNSM).

Mais le Kursaal n’est qu’une boîte et le Carnaval, un roi bien éphémère… Le vrai souverain des lieux reste bien la mer. Sa reine, c’est incontestablement la plage. D’ailleurs on la dit reine des plages du nord. Et ce qui marque le royaume de Malo, c’est la marée humaine, cour improbable occupant mer, sable et digue au moindre beau jour. La foule évolue à pied, en vélo, en petite foulée, en rollers, en char, sur une planche, en short, en combinaison de plongée, en maillot de bain, ou sans, avec pagaie, sans pagaie, ou encore une glace, une couque suisse, un verre ou une coquille de moule à la main… Il n’y a guère qu’un ou deux chiens négligemment tenus en laisse pour troubler la paisibilité d’un patchwork d’activités pour le moins impressionant, digne d’une scène de rue filmée sur la planète Tatooine. Nous assistons à ce mélange de sérénités déambulantes à Malo, quartier dunkerquois calmé par un puissant antalgique dont le principe actif serait constitué de la lumière solaire et du lent mouvement des flots. Un front de mer comptant quelques superbes villas répond à sa manière à la superposition des activités humaines et donne un vrai cachet à la station, pourtant frappée par la guerre. L’opération Dynamo y a même laissé des épaves.

Renseignements utiles : – La digue de Malo fait bien son kilomètre. Plage et digue sont très praticables. – Malo dispose de nombreux commerces pour se ravitailler, de bars, de restaurants et d’un excellent glacier italien. – Voici un blog riche de vues plus ou moins anciennes de Malo et de son architecture. Il faut cliquer sur les articles. – Et pour le carnaval… C’est très riche sur internet. Et il y a pas mal de bon… Qui peut me suggérer le meilleur ?

Les plages de Leffrinckoucke à Malo

Voir également le dossier thématique attaché : Le longe côte
Ainsi qu’un autre dossier : Le char à voile

C’est la quatrième sortie, nous voilà pour la première fois en pleine  journée et au soleil. Et un dimanche ! Le front de mer semble désert à Leffrinckoucke, commune « bipolaire  » dont la partie plage s’enchevêtre à celle de Malo-les-Bains.

 » Ca s’écrit vraiment comme ça ?! » C’est ce que demandent souvent les personnes n’étant pas du cru et n’ayant jamais mis les pieds dans les Flandres. C’est qu’à Leffrinckoucke (qui fut appelée aussi, « Leffringhehouc »), il n’y a pas si longtemps  qu’on y parlait flamand. Le site garde des traces d’occupation humaine depuis des siècles malgré l’ingratitude des lieux, et leur dépendance aux vicissitudes des envahisseurs et des flots. L’élévation du niveau de la mer a rompu le cordon dunaire littoral et inondé la plaine maritime pendant plusieurs siècles du Haut Moyen-Age. La « deuxième transgression dunkerquienne » ‘est le nom de cette remontée du niveau de la mer consécutive à un mouvement des fonds suivi de sédimentations. Par la suite, la mer s’est retirée (régression carolingienne) avant d’occuper à nouveau certains espaces (Dunkerquienne III). Bref, les gens ont du témoigner d’un grand courage non seulement en se protégeant de l’Anglais mais aussi en drainant, en canalisant, en implantant des dunes… L’obstacle économique ne nous empêcherait-il pas aujourd’hui d’en faire de même ? Si, très certainement…

Leffrinckoucke doit en tout cas son essor début XXème à l’installation d’un réseau de transport, à la création d’une belle plage et à l’installation de la première usine sidérurgique dunkerquoise, l’Usine des Dunes. La ville est dotée d’une place forte, le Fort des Dunes, qui joua un rôle de premier plan dans l’opération Dynamo de 1940 et dont la municipalité veut faire un « centre d’interprétation des grands conflits du XXème siècle« .

C’est en descendant sur la plage à la limite est de Leffrinckoucke que l’on se rend compte qu’une activité importante  participe par son mouvement de va et vient à créer le lien entre les deux bourgs. Cette activité réunit en même lieu les marcheurs, les longe-côte et surtout les chars à voile, dont la pratique a commencé non loin de là à Coxyde et la Panne, commune belge frontalière.

Il faut dire qu’ici, le sable est ferme comme il faut et l’estran est généreux. Avec un rien de brise, la marée basse et la saison qui l’est également (la vitesse des chars s’accomodant mal de la présence des vacanciers), les voiles mobiles se livrent à un manège gracile.

Renseignements utiles :
–  La plage de Leffrinckoucke est à une dizaine de kilomètres depuis la frontière belge. Un bus urbain (Dk’bus) y mène de  Dunkerque. Traversée du Camping du Perroquet  compris (voir article), compter 15 Km pour retourner à pied à Dunkerque.
– La Dune Dewulf constitue la troisième et dernière dune de Flandres. Les dunes de Flandres disposent d’un site de présentation didactique et de promenade, assez complet, une fois l’interface maîtrisée.
– Le Fort des Dunes est bien présenté sur le site de la municipalité.
– Un article  bien résumé de la Voix du Nord sur l’Usine des Dunes, installation visible à partir du point culminant de la Batterie de Leffrinckouke.

Le long de la Dune Marchand

« L’humanité aura le destin qu’elle mérite. »
Philosophie de blockhaus, slogan adéquat pour ciel bas… Et ici, le Nord comme les clichés l’imaginent, avec ses dunes, sa brume, ses traces de guerre, ses  anciens hôpitaux pour enfants tuberculeux… La victoire dans l’évacuation aussi ?  Dans le fond, nous ne sommes plus qu’à quelques pas du  théâtre des événements de la bataille de Dunkerque, dont les manuels scolaires ne nous ont certainement pas rabattu les oreilles… L’opération Dynamo (son nom de code) à consisté à évacuer en 9 jours plus de 300 000 soldats alliés en plein Blitzkrieg. Une prouesse héroïque saluée Outre-Manche mais qui fit quand-même dire à Churchill qu’on ne gagnerait pas beaucoup de guerres de cette manière. Ce qui était finement observé, mais il faut dire que Churchill était du métier. En attendant, en juin 40, ce devait être l’enfer. Et c’est peut-être cela qui inspira ces quelques mots d’accueil un peu déprimants. Allez ! On y va quand-même !

Et en fin de compte… Parti pour réaliser  d’une seule traite les 6 kilomètres qui séparent Bray-Dunes de Leffrinckoucke, aux portes de Dunkerque, il a fallu me raviser : deux courtes expéditions ont été nécessaires et pour cause. Malgré le temps, il en se passe pas dix minutes sans que le regard ne soit attiré par un graphe peint sur le béton ou quelque personnage tout affairé à sa passion.
La plage n’est ici qu’une succession de passe-temps dont on craindrait presque qu’ils soient en promiscuité, alors qu’ils cohabitent a priori sans heurts ni douleur.

La côte s’étalant des dunes de Flandres n’attend pas juillet pour déborder de vie.
Revue de ce patchwork étrange, qui se déroule sur une portion de littoral à la fois spacieuse et sur occupée…

Renseignements utiles :

– Promenade très facile. En cas de mauvais temps, possibilité d’en réaliser une grande partie par la Dune Marchand. Pas de commerce en chemin, prévoir donc le nécessaire à Bray-Dunes.
– Pour en savoir plus sur la Dune Marchand grâce aux Réserves Naturelles de France, la Dune Marchand étant réserve naturelle nationale.
– Le parcours longe également la Dune Dewulf
– Une bonne page pour connaître l’histoire de l’Hôpital maritime de Zuydcoote

Bray-Dunes

Voir également le dossier thématique attaché : Du sable à la dune

Nous sommes d’abord en soirée et en hiver, à l’approche de cette station balnéaire très prisée des Lillois.  Je reviendrai ensuite quelques temps après à Bray-Dunes  – première étape- cette fois en journée et par temps couvert. Ce qui explique l’alternance de soleil couchant et de temps gris. Il faudra encore un peu patienter, à l’approche de Malo pour jouir de vues plus… lumineuses !

A8-081013 Bray-Dunes4
En attendant, nous voici à Bray-Dunes, la commune la plus septentrionale de France (outre mer compris). La cité s’est établie en 1876 en lieu et place de maisons de pêcheurs construites sur la dune. C’est un armateur dunkerquois, Alphonse Bray, qui y fit ériger des bâtiments pour un projet à forte valeur ajoutée sociale, comme on dirait aujourd’hui , avant de faire dont des lieux, moins de 10 ans plus tard, à la commune de Ghyvelde. L’Etat français baptisa la cité du nom du donateur.

Cette commune de moins de 5000 habitants compte maintenant plus de 50 % de résidences secondaires. Elle enfle pendant la belle saison et chaque week-end ensoleillé. Il s’agit de la station balnéaire la plus proche pour plus d’un million de citadins de la métropole lilloise  (théoriquement à moins d’une heure de route) et du bassin minier. Le trafic peut s’avérer dans ce cas là infernal sur l’A 25. Pour s’y rendre en voiture, on passe par la région des Moëres, une curiosité en ceci que nous sommes alors quelques mètres en dessous du niveau de la mer.

Pour arriver à Bray-Dunes à partir de la frontière Belge, on longe la Dune du Perroquet par la plage, en contemplant quelques vestiges de la dernière guerre que quelques graphes rendent une dernière fois utiles avant l’ assaut des marées.

Le sable est assez mou mais la progression sur celui-ci reste assez supportable. On trouve ça et là des endroits un plus durs pour avancer.

Quelques renseignements utiles :
-Bray-Dunes dispose de commerces permettant le ravitaillement
– Un mini dossier maison sur la formation des dunes
– Le projet d’Alphonse Bray et l’histoire de la commune méritent un petit détour.