Dossier 3 – Le Char à voile

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C’est un des emblèmes des plages du Nord car la plupart d’entre ces dernières se prêtent au jeu de l’engin, qui affectionne les vastes étendues de sable fin. D’ailleurs, ne dit-on pas que c’est en Belgique qu’un premier char à voile aurait été construit pour le plaisir ? Que ce serait à la Panne qu’une première course aurait été organisée en 1909 ?…  Et qu’un certain Louis Blériot,  à Hardelot en aurait construit et fait rouler un à 100km/h, qu’il fit ensuite fabriquer en série ? L’aéroplage, comme on le désignait à l’époque, avait en fait de vénérables ancêtres un peu partout, à commencer par l’Egypte ancienne où il servait à transporter des matériaux.

Le char à voile est  aujourd’hui une pratique en développement. La crise semble bien en limiter les ventes, mais les concepteurs se sont ingéniés à trouver des solutions à l’encombrement du bon vieux char d’école. Le char aujourd’hui se glisse dans le coffre ! Il paraitrait aussi que les fédérations de de voile libre (aériennes) seraient contraintes de calmer le jeu sur le plancher des vaches (et des baigneurs). Les vents seraient depuis quelques années imprévisibles et trop dangereux pour y lancer les débutants. Le changement climatique à ce qu’il paraît (Ben tiens ! … Et tout ça évoqué placidement…). En tout cas le char à voile, comme d’autres pratiques au sol utilisant la voile, serait une solution de repli. En tout cas, vu des voiles du bas, on le pense. Ca doit quand-même mal se passer côté climat si on en est vraiment là… Mais nous vérifierons cela plus sérieusement prochainement. En attendant, le char à voile aime le vent qui le lui rend bien en propulsant l’engin  jusqu’à trois, voire quatre fois sa vitesse…

Le charme, à voile

Pour commencer, il mérite beaucoup de photos, le char à voiles. D’abord parce qu’un char à voile, c’est beau. Et à sa place au bord de la mer et particulièrement sur les plages du Nord. Et il en a pour tous les goûts et pour toutes les humeurs. Pour s’y retrouver c’est d’ailleurs assez compliqué. Mais la bonne nouvelle, en revanche c’est que la pratique en elle même ne l’est pas. Chaque débutant s’accorde à dire que la maîtrise du pilotage du char est facile. Il faut moins d’un quart d’heure pour qu’elle soit déjà plaisante ! En tout cas, ça l’est déjà de les voir circuler comme ici à Malo, Boulogne, Quend-Plage… Bien que pour ce qui est de les reconnaitre, c’est tout autre chose… La compétition en dénombre déjà 9 sortes, ou « classes » (appellation spécifiques des types de chars prétendant à la compétition) auxquels s’ajoutent d’autres formes de char conçues pour l’apprentissage ou le loisir…

Cliquer sur les photos pour découvrir les chars.

Poussons le char un peu plus loin

Pour entrer un peu plus dans le sujet,  j’ai eu la chance de rencontrer tout à fait fortuitement un concepteur de char à voile. Et un grand : Pierre Cornuwel. Il sont quelques professionnels en France à consacrer leur vie à faire progresser la pratique par des machines sans cesse améliorées. Et je tombe sur l’un d’entre eux, tout occupés l’un comme l’autre à autre chose, en déambulant sur la digue pourtant populeuse de Malo… Coup de bol.
Pierre conçoit des machines depuis les années 80 pour le loisir et pour la compétition. Ses chars ont remporté plusieurs trophées internationaux prestigieux. Il me convie à l’entrainement de son nouveau pilote, Eric Houvenhagel,  dit « Monsieur Houve », Educateur sportif en chef à Mer et Rencontre, Base de la Licorne, à Leffrinckoucke.

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Un concepteur/coach et son pilote, c’est presque une affaire de mariage. On ne se passe pas la bague au doigt, mais d’autres objets lient l’un et l’autre au millimètre, comme le GPS permettant de procéder a posteriori à des calculs sophistiqués et aux aménagements sur l’engin qui en découlent… 

Voyons d’abord comment un char à voile, ça marche…

Avec le vent ! Et on dira plutôt que ça roule ! On parle même de « roulage » du char, de  » zone de roulage » où l’on pratique la discipline. Une locomotion rendue possible grâce à 3 roues sur un châssis, lui même doté d’un mat (inséré dans une embase) et d’une voile. Une écoute (le cordon) permet de tendre (border) et de détendre (choquer) la voile lattée, respectivement pour propulser ou pour ralentir le char. Cette écoute est fixée sur une bôme qui participe par ailleurs à étaler horizontalement la voile et à transmettre les manoeuvres de l’écoute à la voile. Le mat se termine par une têtière. Le palonnier,  qui s’actionne avec les pieds permet de diriger la roue à avant et de ce fait, la trajectoire du char.

Nous reprenons ici, sur le char pliable classe mini yacht de compétition conçu par Pierre et piloté par Eric,  les différents composants du char.

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Sous l’apparente simplicité de l’engin se cache en vérité d’importants travaux sur les matières et de nombreux ajustements techniques qui permettront d’en améliorer les performances. Le pratiquant néophyte n’est pas concerné par ces techniques. Comme on le voit ci-après, par quelques photos, la préparation du char avant roulage est des plus simples et prend moins d’un quart d’heure pour un char pliable sorti du coffre ou pour préparer un bon vieux char d’école tiré à la corde de la base où il séjourne jusqu’à la plage.

A partir de là, il n’y a plus qu’à jouer avec Eole. Inspirer, expirer ? Ou plutôt l’art d’y comprendre quelque chose entre l’intrados et l’extrados… Car c’est là que le non initié tombe ici sur un os ! Tantôt malgré tout de nous accrocher deux minutes à la question. Car c’est ainsi que se propulsent bon nombre d’appareils à voile…

Mais comment avance le terrible engin ?

Une voile sert à récupérer l’énergie du vent au service de la propulsion de l’engin. Mais contrairement à ce que peut penser le profane, la voile n’est seulement pas poussée par le vent. Moyennant une certaine orientation de la voile, le vent passe des deux côtés de celle-ci et pousse d’un côté (intrados) et aspire de l’autre (extrados). L’aspiration est loin d’être anecdotique. Elle est même déterminante pour faire avancer l’engin. Par conséquent, une voile offrant un seul de ses côtés au vent ralentira ou stoppera l’engin. Ce jeu de captation-redirection du vent effectué en orientant la voile détermine « l’effort sur la voile » autrement appelée « poussée vélique ». C’est ainsi qu’à l’instar du voilier qui tire des bord pour avancer, le char va « louvoyer » tranquillement pour avancer malgré le vent contraire.

 

 

Si je veux en faire, comme ça se passe ?

Ca ne se passe déjà moins bien à marée haute (plus assez de place sur la plage) et le long des côtes sans plage, jonchées de rochers ou de galets. Il reste encore beaucoup de possibilités quand-même !
Ca ne se passe pas forcément bien non plus un jour sans vent et au coeur de l’été. Certaines fréquentations estivales rendent la pratique du char difficile. Il arrive que les écoles et clubs ferment en août.
Pour apprendre à piloter un char à voile, l’initiation est plus que souhaitable auprès d’écoles et de clubs (voir renseignements pratiques), assez nombreux en Nord-pas-de-Calais, Normandie,  en façade atlantique et dans certains lieux de Bretagne.
En dehors d’une pratique encadrée, il convient de se renseigner en mairie des éventuelles conditions régissant la pratique du char en un lieu donné.
Pour acquérir un char, la formule la plus en vue, parce que la plus pratique est manifestement le char valise, qui se range dans le coffre et dont les performances n’ont rien à envier aux chars traditionnels. La possession de deux chars est encouragée. La pratique en solitaire peut être à la fin ennuyeuse. On se passe le char l’un après l’autre… Evidemment c’est moins drôle.
En attendant, on peut se contenter de contempler le ballet des chars, parfois très plaisant, comme ici…

 

Et si le char à voile,  écologique par excellence, devenait un jour un mode de déplacement doux au delà des seules plages de sable de nos littoraux ? Il n’est pas sûr que l’idée ne puisse pas faire son chemin. On parle de plus en plus de la pratique du char inland, à l’intérieur des terres. Certains constructeurs envisagent la fabrication en série de véritables petits véhicules sans doute peu adaptés à circuler sur une route à cause du louvoiement, encore que… C’est en tout cas aujourd’hui au bord de la mer, sur nos côtes, que la performance de tels engins est aujourd’hui développée…

Renseignements utiles :
La Fédération Française de char à voile, notamment pour retrouver toutes les adresses des écoles et des clubs. Sur certains sites de ces clubs, des réservations sont possibles.
– Une riche documentation sur les règles de compétition vous attend sur la site de la Fédération internationale de char à voile – International Sand & Land yachting Federation
– Encore de belle photos sur le site d’un reporter de compétitions de char
– Et voici enfin pour suivre les performances des karts de Pierre sur sa page facebook ou s’initier dans le club d’Eric. C’est à Dunkerque. Merci à eux !

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