Dossier 1 – Du sable à la dune

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 Il suffit parfois d’un grain de sable, comme on dit…

Au premier abord, on pourrait penser que l’on s’apprête à aborder un sujet dont on aura vite fait le tour : la plage de sable d’un côté, les tas de sables de l’autre qu’on appelle les dunes…
L’un est tantôt adoré (pour marcher ou s’étaler dessus, faire des châteaux…), tantôt maudit (il s’incruste entre les doigts de pieds et raye les smartphones).
Quant à l’autre… on a à peu près compris que la dune nous protège du vent, de la submersion marine et que c’est mieux si elle est fixée par des végétaux qu’il ne vaut mieux pas trop piétiner, du coup. Pour le reste, au surplus, le lieu peut être considéré, selon son goût, beau dans l’ensemble, ou assez pauvre, monotone pour ne pas dire morne.
Eh bien non ! Comme nous le verrons, il s’agit d’un milieu un tantinet plus riche et plus complexe qu’il n’y paraît.
La richesse du vocabulaire nous introduira d’abord à une meilleure perception des « nuances » de plages puis de dunes. Ces nuances disent la richesse et la diversité de ce qui forme le « cordon littoral ».
La complexité des dynamiques qui rendent chaque milieu dépendant de l’autre nous rendra à l’évidence que cet ensemble d’intérêt majeur est fragile et facilement contrarié par l’activités des Hommes…

Il y a plage et plage, dune et dune !

Selon les centres d’intérêt ou discipline de chacun, il peut exister plusieurs façons de désigner la succession d’étendues sableuses qui caractérisent une grande partie de nos côtes. Pour ce faire, il a fallu trancher parmi de multiples appellations. Mais l’important est de comprendre qu’il n’y a pas la plage d’un côté et la dune de l’autre, mais un complexe dunaire régi par au moins 8 milieux sableux qu’il convient de bien identifier.

En l’occurence, un schéma vaut  mieux qu’un long discours…
On peut cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Dune 

Pour résumer, les marées ramènent des petits fonds du sable échoué sur l’estran. Le sable  va sécher, rouler sous l’action éolienne, voire rebondir sur chaque obstacle (la saltation), gagner le haut de plage, s’accrocher à la dune embryonnaire grâce au chiendent des sables, par exemple, puis alimenter progressivement la dune blanche. Cette dune protège dune grise, panne et boisements des embruns salés. A l’inverse, le boisement permet de lutter contre l’érosion éolienne du sable vers la mer.

Cette galerie commentée (cliquer sur les photos)  donne quelques détails du résultat ainsi obtenu…

Qu’est-ce qui fait pleurer les dunes ?

Cet ensemble complexe d’interactions constitue le cordon dunaire du littoral. Celui-ci n’est pas systématiquement doté d’origine de toutes les caractéristiques sus-décrites. Son épaisseur naturelle n’est pas non plus homogène. Par exemple, les dunes de Flandres, qui font face au Nord, ne sont pas directement exposées aux vents dominants du Sud-Ouest et de ce fait, se rechargent moins de sable. Le cordon dunaire n’est dans ce cas pas très épais, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux changements provoqués par les Hommes : montée du niveau de la mer, accentuation de certains phénomènes climatiques, perturbation des courants consécutifs aux infrastructures portuaires, activités invasives directes dans la dune même, à commencer par le simple piétinement, etc.

Le phénomène de déplacement du sable  pour former la dune est presque partout contrarié par ces changements d’origine anthropique.

Pour éviter les conséquences en cascades de cette atteinte à la dynamique d’ensablement de la dune, des politiques d’intervention, de conservation et de sensibilisation sont menées (nous les traiterons dans un prochain mini dossier avec cas le cas de la Communauté de communes de la région d’Audruicq, une fois arrivés au Platier d’Oye). Certaines sont par endroit efficaces, D’autres, souvent les plus lourdes (enrochement, perret, épis) déplacent le problème et l’accentuent au besoin un peu plus loin… En tout cas, dans l’ensemble, l’érosion s’accélère ! La tempête Xynthia a fait retentir  un peu plus un tocsin battu par les naturalistes. Une seule marée peut ruiner des années d’efforts de stabilisation des dunes.

La diversité faunistique et floristique est alors systématiquement menacée et par endroit, comme dans le Nord où la dune est le seul rempart contre la submersion marine d’immenses espaces jadis conquis sur la mer, les conséquences sociales et économique paraissent difficilement calculables. Les autorités publiques prennent la menace au sérieux (voir, par exemple, ce rapport établi pour le Nord-pas-de-Calais), mais les moyens ne sont pas encore réunis à la hauteur des enjeux et il n’est pas rare d’avoir encore à constater que trop d’interventions restent dépendantes de frontières administratives totalement inadaptées à la logique que la nature impose… Par ailleurs, certains aménageurs ne semblent pas encore très au fait de la nécessité de considérer ce qui se passe au large de leurs installations, ni de l’intérêt des études d’impacts qui permettraient d’en faire la mesure !

En attendant un prochain dossier sur la sauvegarde des dunes, voici quelques sources et liens d’approfondissement…
– Un exemple de sensibilisation du public permettant d’apporter quelques informations sur la biodiversité des dunes ;
– Un descriptif de la biodiversité végétale suivant à peu près la même logique  que le schéma présenté plus haut ;
Quelques informations complémentaires sur la formation du cordon dunaire ;
– Un article du Monde (2014) sur les risques d’érosion consécutifs aux tempêtes.

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5 commentaires

  1. Très bel article sur les dunes du littoral.
    A approfondir, à l’occasion, avec une découverte un peu plus en retrait de la côte, de la dune fossile de Ghyvelde, qui offre également une richesse écologique surprenante ….

    1. Absolument Valérie ! La dune fossile en question date de 5000 ans et témoigne de l’endroit où le littoral se situait à l’époque, à 3km du lieu actuel. Pour découvrir cette dune et s’y rendre :
      http://www.conservatoire-du-littoral.fr/siteLittoral/213/28-dune-fossile-59_nord.htm. N’hésitez pas, Valérie, à nous en parler sur l’article consacré à la portion  » De la frontière belge à Bray-Dunes » !
      Merci pour vos contributions !

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