côte d’opale

Le cap Gris-Nez

C’est un endroit où se côtoient havre et chaos.
Un promontoire gris comme la cendre sur la peau d’un vieux guerrier. Un guerrier de 160 millions d’années qu’un baume chlorophyllien vient apaiser.

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L’Angleterre que l’on distingue si bien comme ici par temps clair n’est plus qu’à 28 kilomètres… Cette proximité a fait que la plage du cap accueillait les porteurs de dépêches entre le continent européen et le Royaume-Uni tout comme la baraque Fricot, le local où atterrissait côté français le câble sous-marin du télégraphe. Les nageurs traversant le détroit choisissent souvent la plage de la Sirène comme point de départ ou d’arrivée de leur périple.
Jean-Marie Salati, un Italien, soldat de la Grande armée prisonnier des Anglais aurait été le premier à traverser le détroit en 1818 en prenant la fuite. La première traversée officielle date de 1875. Matthew Webb devait justement arriver sur la plage du Griz-nez mais atterrit sur la plage des Baraques à Sangatte, après avoir passé 22 heures dans l’eau.
Plusieurs milliers de nageurs et nageuses prendront leur suite.

Malgré tout, il n’est pas bon d’être aussi près d’Albion, en temps de guerre, surtout.
Audinghen, la commune englobant les 7 kilomètres du cap, a été de ce fait maintes fois dévastée.
Calvaires et clocher singuliers sont ostensiblement dressés, comme pour éloigner le danger.
La muséification de la dernière grande guerre, comparable à celle des plages du débarquement, semble aussi vouloir exercer le même exorcisme.

Havre et chaos. Agrément touristique et paysager d’aujourd’hui, sur une terre de labeur, de guerre et de souffrance passées, voilà ce qu’est le cap Gris-nez.

Les Epaulards piégés par une Sirène

Nous sommes côté calme, au nord du cap, un peu à l’abri de sa pointe. Une petite plage fermant la baie de Wissant permet la mise à l’eau des embarcations. La plage de la Sirène est jonchée de pierres disposées en ellipse. Cette curiosité  s’explique par un anticlinal, autrement dit, un pli géologique en forme de chapeau chinois. Ou d’accent circonflexe si l’on préfère. De la sorte, les strates géologiques plongent à l’oblique, presque verticalement. L’érosion marine, en entamant rapidement les parties les plus meubles, met en exergue les strates de grès polis par les éléments. Ce sont ces rochers que l’on désigne ici sous le nom d’Epaulards, parce que leur forme suggère le dessin de la nageoire dorsale du cétacé en question.

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Le cap Blanc- nez joue à chat avec les rayons du soleil tandis que la mer, jalouse, écume. La Sirène s’est offert un restaurant doté d’une des plus belles vues sur le littoral français. Elle lui a d’ailleurs donné son nom. Les Epaulards accompagnent les « pêcheurs dans la vague ».  Bientôt, les flobarts rentreront…

Gris-nez, beau-nez… Voyons maintenant le haut du nez…

Sur la falaise...

De la plage de la Sirène, un petit chemin monte en serpentant autour de maisons. Au plus haut, nous dépassons alors le niveau de la mer de 45 mètres. Un phare reconstruit dans les années 50 domine le lieu. C’est au pied de ce phare que le Cross Griz-nez, véritable tour de contrôle maritime, veille au trafic de bateaux le plus important du monde. Plus de 500 navires par jour vont croiser dans le détroit.

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Pour la première fois depuis la frontière belge, le chemin côtier vire plein sud, au gré des 7 crans rythmant le dénivelé de la pointe du cap jusqu’à Audresselles. Ces crans sont des entailles creusées dans la falaise par les cours d’eau. En voici quelques-uns…

Le cran barbier

Après les crans de Quette et de Sillers, c’est la troisième entaille que l’on traverse en Partant de la pointe du Cap.

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C’est dans les environs du cran Barbier que l’on aperçoit la Batterie Todt, une des plus grosses installations militaires du mur de l’Atlantique. En contraste, « Notre-Dame des vaches », une petite statuette nichée le long du chemin côtier. 

Le cran aux oeufs

Au loin, de petites maisons de pêcheurs cheminent en cortège jusqu’au pied de la falaise.

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Il fut un temps où il fallait des cordes pour accéder à la plage du cran aux oeufs. Les cordes ont disparu. Un chemin discret permet aux plus téméraires d’y descendre.

Le cran deux oeufs est un théâtre que dominent des boules de grès suspendues tandis que d’autres sont éboulées.

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Le ruisseau coule encore et tombe en une petite cascade. On évolue assez aisément vers le sud, au milieu « d’oeufs cassés ».

Grandiose. Que dire d’autre ?

Le cran Poulet

Autrefois appelé cran de la Rouge Casaque, la plage en bas du cran accueillait une guinguette désormais disparue. Le cran Poulet est surtout connu et fréquenté pour la statue de Notre-Dame des flots, plusieurs fois déplacée et « remontée » sur la falaise à cause de l’avancée de la mer.

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Pèlerinages, petites intentions et simples témoignages du passage de marcheurs s’amoncèlent au pied de la statue.

Aux portes d’Audresselles.

Au bas du cran Mademoiselle et du cran du Noirda, la mer se déchaîne sur les rochers, les disloque, les ronge, les rogne…

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Nous voici arrivés a la Pointe du Poissonnier, en proximité d’un village de pêcheurs, sans doute le plus préservé de la côte d’Opale.

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Son nom : Audresselles.  Prochaine étape !

Renseignements utiles :

• Le site du cap, en son sommet, offre un des meilleurs points de vue sur le cap Blanc-Nez, sur l’Angleterre et le port de Boulogne sur Mer. A marée haute le cap n’offre quasiment jamais d’accès au niveau de la mer, qu’on se contente alors de contempler à partir du parking du restaurant La Sirène. Promenades toujours possibles sur la falaise, en tout cas.
• Pour les amateurs de photos anciennes, une belle page sur Histopale, passe en revue la vie du cap il y a un siècle. En voici aussi de bonnes sur la plage de la Sirène.
• Une page de club de géologie permet de comprendre simplement certains alignements rocheux de la plage de la Sirène grâce à d’intéressants croquis.
• Le site du centre de surveillance trafic maritime le plus important du Monde est ici

 

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Tardinghen et la baie de Wissant

C’est un endroit magnifique en sursis. Car la baie de Wissant est un paysage de dunes, de bois et d’étangs que la mer grignote, aspire, ampute selon les humeurs du temps. Il faut dire qu’en dehors du village la plupart des images montrées ici reflètent des paysages éphémères. Les blockhaus ont déjà disparu. Les coins à champignons à étonner jusqu’aux périgourdins aussi. Et demain, sans doute, ce sera au tour des étangs.
La petite – et adorable – commune de Tardinghen, au centre de la baie, perchée de manière prémonitoire, elle, est en retrait, dans l’attente d’une submersion du marais…

La maison des gens de Terd

La présence humaine dès la période gallo-romaine semble ici attestée. Les saxons – déjà !- envahissent cette côte peu habitée (entre 450 et 600 après JC).  L’appellation du bourg daterait du VII ème siècle. Dites tout haut « Tardinga haim » et vous aurez sans doute prononcé vos premiers mots en langue franque, à la façon de Terd, le germain, qui s’est installé dans le coin avec ses gens pour pratiquer l’agriculture.

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C’est sur la zone actuelle du marais que pouvait se situer le havre wissantais à l’origine d’un port fameux (voir l’article précédent traitant de l’histoire de Wissant). Tardinghen a du profiter de l’essor portuaire de Wissant. Il en a pâti aussi. Les anglais, en ravageant le secteur, on détruit le couvert végétal et bouleversé l’écosystème.

vXeHD Les anglais sont repartis sur la rive d’en face. Mais le havre a été refermé par un cordon dunaire limitant  l’écoulement des eaux terrestres et c’est ainsi que se sont créés la plaine maritime et les marais que l’on connait aujourd’hui.

 L’histoire sans fin 

Deux ruisseaux côtiers entrainent le surplus d’eau des étangs jusqu’à la mer. Mais il faut curer régulièrement ces cours d’eau, car le sable tend à s’y amonceler.  Jusque la Révolution, la question a posé problème : qui, de Wissant ou de Tardinghen, doit prendre la charge de ce travail ? Cette situation n’est pas sans évoquer l’actuel différend divisant plusieurs intercommunalités du Nord sur la question des wateringues.
La nature ne borne pas ses cohérences à la délimitations de nos propriétés et à  nos égoïsmes de clocher. Pour peu que nous ne lui opposons pas notre bêtise elle peut encore s’offrir aux gens intelligents et respectueux.

Du manque de respect, justement…

Pour le coup c’est raté. Il a fallu qu’on tape dans la dune pour construire la cité balnéaire voisine. Les allemands  construisent un peu plus tard, en 43, une ligne de défense à la hauteur du grand potentiel que représente le lieu pour un débarquement réussi au plus près de l’Angleterre. Le couvert végétal a été ravagé par les installations et la fréquentation anthropique.
Ainsi, depuis la fin de la seconde guerre mondiale le processus s’emballe au point de ne plus savoir vraiment à quel phénomène on doit un retrait des côtes de 300 mètres sur 50 ans. Les blockhaus construits dans la dune finissent dans l’eau. La pose de pieux brise-lames par endroits ne semble rien y faire.

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L’effet cocktail est la théorie la plus avancée. L’érosion éolienne est la première mise en cause. Mais l’eau et le jeu trouble des bancs au large de la baie semblent jouer un rôle important dans l’évolution des courants et l’érosion active de l’estran.

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Que faut-il alors faire ? Eh bien on en débat encore et sans argent sur la table.

Face à l’emportement d’une nature qu’il a outragée et dont il comprend mal les équilibres l’homme du XXI éme siècle reste encore démuni, toujours petit. Désespérément petit. Le plus désespérant n’est-il  qu’il ne s’en rend pas compte ?

Prochaine étape : l’ascension du Griz-nez  !

Renseignements utiles :

Il est grand temps d’arpenter les chemins balisés du marais, accessibles à partir de la route départementale (plusieurs parking. La plage du Châtelet et sa voie d’accès enchanteront encore quelques années le marcheur. A ce jour aucun de ces chemins ne présente de grande difficulté.
De Wissant au pied du Griz-nez, compter deux bonnes heures aller-retour. Le franchissement du ruisseau du Châtelet  nécessite des bottes ou de se déchausser. Un pont à l’intérieur de la dune permet de le franchir mais nécessite de ne plus cheminer sur la plage pendant plus d’un km.
• Une page d’ analyse de l’érosion de la baie de Wissant, avec une carte de localisation des dunes d’amont, d’aval, du Châtelet et de la Baraque Friquot.
• Le site des deux caps sur internet
• En savoir plus sur l’histoire du lieu avec Histopale
• Découvrir la faune et la flore du lieu avec le Conservatoire du littoral

Des Hemmes de Marck à Calais

Âme solitaire, esprit mélancolique, guetteur d’instants d’éternité… les Hemmes de Marck ont été étalées sur la Terre pour vous. Il faudra peut-être partager l’espace avec un cavalier ou un pilote de char à voile, probablement aussi avec un chasseur. Mais ce qu’il reste à chacun est immense. Une fois la dune franchie, c’est à peine si l’on distingue la mer nichée à 3 kilomètres, après les prés salés et les vasières qu’un large estran vient border.
Dans ce lieu, l’idée ne viendrait donc à personne de se croiser. Chacun à son affaire. Cela semble convenir à tout le monde.

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La succession de biotopes confère au site une fonction nourricière , notamment pour les oiseaux dits « limicoles« , autant qu’un refuge. Les chasseurs sont de ce fait très présents. Les volatiles sont abattus à proximité de huttes dans la la dune, ou encore à partir d’une hutte mobile – parfois dénommée cercueil – disposée sur la plage, et dans laquelle le chasseur se faufile et reste tapi en attendant la proie. On chasse enfin « à la botte », en marchant le long de la côte.

Et des bottes mieux vaut en avoir, que l’on soit chasseur ou pas. Par temps gris, on ne peut que conseiller de bien se vêtir. La sensation d’immensité renforce sans doute exagérément celle de froid.

Une fois habillé, bienvenue au carnaval des animaux…

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Ainsi donc, sur cette immense étendue on pratique le cheval, le char à voile… On ramasse aussi les coques. L’ancien terme calaisien pour les désigner, c’est les « huchettes ». Les huchettes sont enfouies dans la vases et on les déniche à l’aide d’un râteau.

Du haut de la dune, on peut apercevoir la succession de digues qui furent à l’origine du polder.

Enfin, plus très loin de Calais, dans un paysage presque irréel, le plus  improbable encore, le phare de Walde, tient du mirage. Ce phare reclassé en feu, puis mis hors de fonction depuis 2001, borne l’horizon depuis 1859. C’est un des deniers vestiges de phare de construction métallique de notre littoral, que la Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritimes (FRCPM) fait classer comme monument historique pour le sauver d’une démolition qui eut été sans cela presque certaine.

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Un mirage que ce phare, disions nous… Presque une farce.  Prévu comme il se doit d’orienter les navires, l’édifice serait responsable de plus d’un naufrage. Les carcasses alentour semblent l’attester. Mêmes les phoques viennent s’échouer à son pied, comme pour confirmer la véritable vocation de cette construction d’apparence chétive mais qui chemine tout doucement vers un bicentenaire d’expositions à l’eau, au sel, au vent.
Il fallait sans doute qu’existe un point paroxystique de ce type pour séparer la Manche et la Mer du Nord… Car c’est là, au phare de Walde, précisément, que la délimitation entre l’une et l’autre s’opère. Dans ce no man’s land où le temps est ralenti, comme à la fin d’un film fameux de Kubrick.

Dernière prise de souffle avant Calais…

Renseignements utiles
– Pour accéder au site, le mieux serait encore de joindre le coeur du hameau éponyme et de prendre la voie vers la dune qui dessert le club hippique et la base de char à voile.
– La plage s’étend sur plus de 7 kilomètres. Les bottes sont souvent indiquées. je m’en suis sorti avec de bonnes chaussures de marche. Mais j’ai bien louvoyé !
– Un peu plus d’indications sur le phare de Walde, sur le site des phares et feux de France. Et ici, un hommage de 1867 à cette construction plutôt insolite.

Le bassin minéralier (port de Dk)

Les lieux côtiers que j’ai fréquentés dans ma jeunesse sont rares. On n’allait quasiment jamais à la mer. Mais celui-ci en fait partie. A l’occasion d’un voyage de classe, je quittai bassin minier du Pas-de-Calais pour aller visiter cette industrie saisissante qui s’appelait Usinor. Je ne crois pas avoir vu la mer ce jour là. Mais je me rappelle de sensations fortes et contrastées…
D’un côté, une attirance familière, presque irrépressible pour l’usine. Avec un père verrier et des friches industrielles comme principaux terrains de jeu et résidences secondaires on peut aimer l’usine, viscéralement. Et Usinor, ce n’était pas de la petite usine.
Et de l’autre côté, on ne peut échapper au sentiment d’oppression qui se fait sentir face à la démesure de l’élaboration de l’acier, en ce lieu sombre, sale, bruyant, imprégnant tous les sens d’une redoutable pesanteur.
Mais les vapeurs, les odeurs, les couleurs, les sonorités du crassier ne venaient pas à bout du trait de lumière immaculé du métal en fusion, canalisé par d’improbables dompteurs, totalement recouverts d’une intimidante cuirasse (qui aurait pu servir de tenue de pluie pour le bras droit de l’Empereur), et pourtant minuscules dans le décor.

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Que reste-t-il de ce temps qu’on prédisait déjà proche de la fin pour Usinor, devenu Sollac, puis Arcelor, avant d’être rachetée par le géant Mittal ?  Eh bien, à Dunkerque, il reste presque tout. Sur 14 sites sidérurgiques nordistes,  la région n’en garde qu’un « bord à quai ». Il doit entièrement sa survie à la mer et à la qualité du port qui assure sa desserte.
Nous contemplerons cet univers de l’extérieur. En déambulant le long du bassin minéralier.

Panorama sur les activité du port central

Le long des quais bordant  le « bassin minéralier » (selon l’ancien vocable) résident en fait plusieurs terminaux de vrac amené, via l’écluse Charles de Gaulle, par d’imposants bateaux, jusqu’à 14,20 mètres de tirant d’eau.
On y reçoit toutes les matières premières d’ArcelorMittal, mais aussi des céréales, des matières pétrochimiques et un vrac solide sous des formes multiples. On y expédie la chaux, le blé,  l’acier…
On voit aussi l’usine sidérurgique engloutir les matières et les rejeter…

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Environ 2 kilomètres de quai permettent d’accueillir plusieurs navires en simultané. La seule activité d’approvisionnement d’ArcelorMittal permet de disposer en même temps 5 navires à quai.

Cliquez (absolument) dès la première photo

L’activité pétrochimique connaît quant à elle un fort bouleversement depuis la fermeture de Total. En 2013, elle représente encore 3 millions de tonnes. Au Port Central, deux appontements lui sont pour l’heure consacrés.

Accompagnés par le Capitaine Pierre Trollé (cf. dossier 6), nous allons maintenant pénétrer dans une zone qui n’est pas libre d’accès pour approcher ces activités en bord quai. Le temps n’était pas de mise. Tant mieux. Il faudra peut être revenir un jour sous un soleil de plomb. Et l’atmosphère serait, soyons en certains, radicalement différente.

Les entrailles de la bête

Elle fume encore de toutes parts, l’usine sidérurgique de Dunkerque. Sur ce décor déjà en soi irréel, l’averse vient de tomber et le ciel reste chargé. L’atmosphère est aussi lourde que l’acier qui s’étend sur les quais.

L’usine de Dunkerque produit ainsi plus de 200 nuances d’acier différentes, principalement pour l’automobile, mais aussi pour l’emballage, l’électroménager, le mobilier… L’avenir de l’usine ne dépend pas seulement de sa situation maritime. Il tient aussi à la qualité de sa production.

Un bout de quai laissé en vrac…

Sur les mêmes quais, on  charge la chaux extraite des Carrières du Boulonnais et transportée par wagons. On y reçoit du sable de déneigement. Et toujours la ferraille et autre petit vrac industriel que des grosses pinces invitent à revenir souvent (air connu). Le tout représentent près de 3 millions de tonnes chaque année.

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Ambiance aux tonalités de fin du monde sur la plateforme petit vrac, en bout de quai. On y trouve pêle-mêle, en tas coke, laitiers ferraille et divers minéraux…

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Au bon coin des pigeons

Les céréales du Nord de la France sont dispersées dans le Monde entier…

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En tout, 330 000 tonnes de produits agricoles peuvent être stockés sur le port qui sera en mesure d’en expédier entre 1 et 2 millions de tonnes par an…

La nature quand-même…

Malgré des conditions très défavorables (activités humaines, présence de métaux lourds dans le bassin), une faune assez riche peuple les lieux.
Les pêcheurs apprécient les tacauds, flet, lieux, merlans et le bar qui y séjournent à la faveur d’eaux plus chaudes.
Fréquemment suivis par les ornithologues (tous les 10 jours !), le bassin minéralier est également bien utilisé par des espèces d’oiseaux pélagiques (qui vivent d’ordinaire assez loin au large). Ceci offre un moyen assez exceptionnel d’observation de cette faune pour le Nord-Pas-de-Calais.

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Des foulques macroule, ralidées qu’on rencontre plutôt en eau douce, s’effraient à l’approche.

Par l’écluse Charles de Gaulle, certains mammifères marins parviennent pendant un temps à s’y faufiler. Ainsi peut-on observer phoques et marsouins, avec un peu de patience et d’attention.

Le tout dans un lieu improbable. La nature, donc surtout.

Nous terminons notre excursion autour du bassin minéralier du port de Dunkerque par une nuit de pleine lune de septembre !

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Après le Port Est et avant d’aborder le Port Ouest, je vous propose de faire un break  (celle-là elle est facile !), pour une soirée de pêche agréable.

Prochain article : la Digue du Braek.

 Renseignements utiles

– Le bassin minéralier n’est gagnable qu’à partir de la digue du Break. Les quais ne sont pas accessibles sans autorisation (poste de garde). Pour aller sur la digue du Break, il faut désormais passer par Mardyck. Le pont Charles de Gaulle à Partir de Dunkerque reste toujours levé.
– Pour en savoir plus sur ArcelorMittal : des pages françaises sur le site de Dunkerque
– Un excellent site illustré sur la sidérurgie de Dunkerque, du nord de la France et d’ailleurs
– Et pour terminer, le non moins excellent rapport d’activité « Dunkerque 2014 » dont la plupart des chiffres de cet article sont tirés.

Dunkerque – le port industriel, Bassin Freycinet

Quelques activités disséminées sur des quais démesurés… Même les plus gros cargos « nagent dans le costume », Bassin Freycinet.
L’activité fébrile n’y est plus, mais… Le port de Dunkerque est encore pour le curieux un port industriel « à vivre ».
Une fois que nous quittons le Môle 1 reconquis par la ville (cf. la fin du précédent article), voici en effet les premiers remorqueurs,  les cargos et leurs matières sur les quais. Fait rare : ici, nous pouvons approcher certains grand bateaux.  Ailleurs, les quais sont souvent interdits d’accès, au point parfois d’occulter la vue sur la vie portuaire, jusqu’aux plus imposants bateaux… Les nouveaux enjeux portuaires de Dunkerque sont désormais placés hors la ville, Port Ouest. Et ceci explique certainement la tolérance des badauds quasiment partout sur les quais. C’est une grande chance dont nous allons profiter !

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Nous longeons le Bassin Freycinet, du nom d’un ministre qui en ordonna la mise en chantier dans la seconde moitié du XIXème siècle à la demande d’un industriel et sénateur dunkerquois, Jean-Baptiste Trystram. Du temps de l’Empire, Napoléon avait tout misé sur Anvers… Et puis l’Empire a perdu Anvers. Avec cette réalisation complétée d’écluses, de darses et autres formes de radoub,  Dunkerque n’est résolument plus un port d’échouage, mais un grand port doté d’un immense bassin à flot disposant de plusieurs kilomètres de quais, grâce aux môles délimitant les darses. Les bâtiments, grues et autres gros équipements suivent et Dunkerque devient grâce au bassin le troisième port industriel français juste avant l’entrée dans le XXème siècle… Position qu’il a gardée jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, on parle du Port Est pour dénommer ce bassin accessible par les écluses Watier, Trystram et Charles de Gaulle. Diverses marchandises y transitent à partir de terminaux plus ou moins spécialisés, consacrés essentiellement au vrac liquide ou solide, au sucre en sac, à l’expédition de ciment. Sans oublier la réparation navale.

Du vrac

Les quais de Bassin Freycinet accueillent toutes sortes de marchandises dites conventionnelles. Des colis lourds y transitent tels que les mats d’éoliennes. Des activités plus anciennes, il reste encore un terminal sucrier. Le vin, le tabac, mais aussi la laine qui y transitaient encore au milieu du siècle dernier, c’est désormais terminé.

De la réparation navale

Les chantiers navals sont fermés (cf précédent article). Mais le port accueille encore de nombreux navires et des plus grands pour réparation ou simple escale technique. Aux anciennes cales de radoub se sont ajoutés d’importants docks flottants capables de mettre en cale sèche des bateaux imposants….

De la chimie

Du point de vue portuaire, cette activité compte parmi le vrac liquide. En venant de l’est, tout au fond du bassin Freycinet, des concessions pour l’activité pétrochimique ferment l’accès de celui-ci vers le l’ouest, sécurité oblige. C’est alors au nord, en revenant sur ses pas, par l’écluse Charles de Gaulle,  que l’on pourra accéder (quand le pont veut bien descendre) à un autre bassin, qu’on appelle souvent Bassin Minéralier, mais qui dessert aussi un autre terminal pétrochimique (voir le prochain article, le long de la Digue du Break).

Et de l’attente aussi

Ces deux superbes navires admirablement proportionnés, par exemple, sont des bateaux d’observation scientifique en quête d’acheteur(s). Les quais du Bassin Freycinet c’est un peu la salle des pas perdus des grands bateaux en errance, bien que ces derniers n’ont pas plus de jambes que les petits. Pour cette catégorie de navire, même si la comptine ne le dit  pas, c’est pareil.

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Un air de nonchalance et de désuétude règne ici. La disproportion entre la longueur des quais et leur fréquentation actuelle en est la principale cause. la prégnance des bateaux venus là parce qu’ils avaient justement besoin d’un lifting est est sans doute aussi une autre. Au Port de Dunkerque il y a encore de quoi faire. Environ 3000 hectares sont disponibles pour implanter de nouvelles activités. Et n’oublions pas que nous n’avons abordé ici qu’une partie du port industriel.
Un deuxième monde portuaire va bientôt nous ouvrir ses portes, celui qu’on appelle le Port Centre ou bassin minéralier, le long la Digue du Break.

Renseignements utiles :
– Comme indiqué dans l’article, en flânant d’un môle à l’autre,  on peut approcher dans certains cas les bateaux (sauf pour les apontements pétrochimiques et le secteur de la réparation navale) Le tour du bassin est quand même long et complexe sans plan. Mieux vaut s’en trouver un. Si l’on a des jumelles, il est bon de les prendre. Les axes desservant les môles sont fréquentés. Rester prudent.
– Passage obligé sur l’intéressant site web du Port de Dunkerque. On y trouve non seulement d’appréciables renseignements sur l’activité du port, mais aussi une divertissante visite virtuelle, ou encore, la liste des bateaux à l’approche, à quai, sur le départ (avec leur destination)… C’est en rubrique « Activités commerciales ». Le téléchargement du dernier rapport d’activité (pas si difficile à lire) est aussi possible. Sur la même page, le plan du port.
– Pour connaître les bateaux  mouillant dans le Port, consulter cette carte. En dézoomant, on se rend compte en temps réel de l’importance du trafic dans le détroit. On peut cliquer sur tous les bateaux. Assez addictif.
– Il est aussi possible de localiser les grands navires sur les mers du Globe en temps réel grâce à ce site. Adorable. Il faut juste connaître des noms de navires.

 

 

Qu’est-ce qu’elle a ma Goele ?

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Quoi ! La Goele ? C’est juste un bateau ancien qui a une gueule formidable, choyée par une personne à l’image de son bateau ! Et c’est aussi une merveilleuse occasion d’évoquer les bateaux du patrimoine…

Consultez le dossier 5 : la Goele, bateau d’intérêt patrimonial, 

Longe côte : le carnaval des flots

Voici un dossier consacré à une des facettes de cette pratique inventée à Dunkerque. C’est aussi le récit d’une très belle rencontre. Et de premiers commentaires aussi touchants qu’encourageants. On en veut encore !

Le dossier et les commentaires se trouvent ici

Les dunes comptent pas pour des prunes !

Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, voici un descriptif illustré la constitution de d’un cordon de protection vital pour le littoral.  Ce mini dossier a été publié dans la rubrique éponyme (menu haut) depuis maintenant un mois. Des commentaires ont été ajoutés grâce à la contribution de Denis Tirmarche.
Les plus pressés peuvent aller directement découvrir deux autres dossiers déjà réalisés… ou « suivre le blog » et patienter quelques jours !

Pour parcourir ce premier mini dossier « Du sable à la dune » : c’est par ici…

Malo, reine du nord

Malo porte le nom du fils du dernier corsaire dunkerquois, qui fut à l’origine de la station. Certes, nous sommes déjà à Dunkerque. La station balnéaire de Malo est rattachée à cette ville depuis 1970, mais n’empêche ! Malo garde suffisamment de caractère et de prestige pour se donner, quand elle veut un petit air de principauté sans rocher. Prestige de sa bande de carnaval. Prestige de son « Kursaal ». Prestige enfin et surtout de sa magnifique plage. Sans oublier ses belles demeures tournées vers la mer…

Dans les Flandres, le carnaval reste une tradition bien présente. Mais c’est incontestablement à Dunkerque et dans son agglomération que se tiennent les plus fameuses « bandes », dont les dates fluctuent au gré du mardi gras. On remonte au XVIIème siècle pour observer que les armateurs organisaient une fête pour les pêcheurs avant leur départ pour six mois de campagne en Islande. On profitait aussi de l’occasion pour verser aux pêcheurs la moitié du salaire en acompte. La forme actuelle du carnaval serait ensuite façonnée par diverses circonstances. Le travestissement, par exemple, est survenu par l’arrivée des masques dans la fête un jour où celle-ci s’est déroulée le mardi gras. Les ombrelles, pour leur part, ont investi le carnaval une fois où la météo a fortement suggéré l’usage de parapluies. Et depuis elles y sont restées… Le point culminant de ces festivités dunkerquoises, qui s’étalent sur trois mois, se situe au moment des « Trois joyeuses », trois jours de pure folie et d’allégresse, qui débutent le dimanche précédent mardi gras avec la « Bande des pêcheurs » et son lancé de harengs du haut du beffroi de l’Hôtel de ville de Dunkerque. La bande de Malo, qui se tient le dimanche qui suit le mardi gras, est parfois appelée la « Quatrième Joyeuse  » en raison d’une popularité n’enviant rien à ces trois soeurs aînées. La bande de Malo est aussi réputée pour être familiale. Les enfants y prennent part. Si Malo est un haut lieu du Carnaval, c’est aussi en raison des bals les plus renommés qui s’y déroulent, grâce à l’existence de l’imposant Kursaal (terme désignant des salles de loisirs des Flandres). Le Kursaal est en bord de mer. Le Bal du chat noir ouvre la saison carnavalesque du Kursaal… Le Bal des corsaires, grandiose, est le plus populaire. Tous ces bals ont des finalités philanthropiques depuis leur origine. Le bal des corsaires, par exemple, pourvoit d’importantes sommes pour soigner les enfants dunkerquois malades et contribue à financer la Société Nationale de Sauvetage en Mer (la SNSM).

Mais le Kursaal n’est qu’une boîte et le Carnaval, un roi bien éphémère… Le vrai souverain des lieux reste bien la mer. Sa reine, c’est incontestablement la plage. D’ailleurs on la dit reine des plages du nord. Et ce qui marque le royaume de Malo, c’est la marée humaine, cour improbable occupant mer, sable et digue au moindre beau jour. La foule évolue à pied, en vélo, en petite foulée, en rollers, en char, sur une planche, en short, en combinaison de plongée, en maillot de bain, ou sans, avec pagaie, sans pagaie, ou encore une glace, une couque suisse, un verre ou une coquille de moule à la main… Il n’y a guère qu’un ou deux chiens négligemment tenus en laisse pour troubler la paisibilité d’un patchwork d’activités pour le moins impressionant, digne d’une scène de rue filmée sur la planète Tatooine. Nous assistons à ce mélange de sérénités déambulantes à Malo, quartier dunkerquois calmé par un puissant antalgique dont le principe actif serait constitué de la lumière solaire et du lent mouvement des flots. Un front de mer comptant quelques superbes villas répond à sa manière à la superposition des activités humaines et donne un vrai cachet à la station, pourtant frappée par la guerre. L’opération Dynamo y a même laissé des épaves.

Renseignements utiles : – La digue de Malo fait bien son kilomètre. Plage et digue sont très praticables. – Malo dispose de nombreux commerces pour se ravitailler, de bars, de restaurants et d’un excellent glacier italien. – Voici un blog riche de vues plus ou moins anciennes de Malo et de son architecture. Il faut cliquer sur les articles. – Et pour le carnaval… C’est très riche sur internet. Et il y a pas mal de bon… Qui peut me suggérer le meilleur ?

Les plages de Leffrinckoucke à Malo

Voir également le dossier thématique attaché : Le longe côte
Ainsi qu’un autre dossier : Le char à voile

C’est la quatrième sortie, nous voilà pour la première fois en pleine  journée et au soleil. Et un dimanche ! Le front de mer semble désert à Leffrinckoucke, commune « bipolaire  » dont la partie plage s’enchevêtre à celle de Malo-les-Bains.

 » Ca s’écrit vraiment comme ça ?! » C’est ce que demandent souvent les personnes n’étant pas du cru et n’ayant jamais mis les pieds dans les Flandres. C’est qu’à Leffrinckoucke (qui fut appelée aussi, « Leffringhehouc »), il n’y a pas si longtemps  qu’on y parlait flamand. Le site garde des traces d’occupation humaine depuis des siècles malgré l’ingratitude des lieux, et leur dépendance aux vicissitudes des envahisseurs et des flots. L’élévation du niveau de la mer a rompu le cordon dunaire littoral et inondé la plaine maritime pendant plusieurs siècles du Haut Moyen-Age. La « deuxième transgression dunkerquienne » ‘est le nom de cette remontée du niveau de la mer consécutive à un mouvement des fonds suivi de sédimentations. Par la suite, la mer s’est retirée (régression carolingienne) avant d’occuper à nouveau certains espaces (Dunkerquienne III). Bref, les gens ont du témoigner d’un grand courage non seulement en se protégeant de l’Anglais mais aussi en drainant, en canalisant, en implantant des dunes… L’obstacle économique ne nous empêcherait-il pas aujourd’hui d’en faire de même ? Si, très certainement…

Leffrinckoucke doit en tout cas son essor début XXème à l’installation d’un réseau de transport, à la création d’une belle plage et à l’installation de la première usine sidérurgique dunkerquoise, l’Usine des Dunes. La ville est dotée d’une place forte, le Fort des Dunes, qui joua un rôle de premier plan dans l’opération Dynamo de 1940 et dont la municipalité veut faire un « centre d’interprétation des grands conflits du XXème siècle« .

C’est en descendant sur la plage à la limite est de Leffrinckoucke que l’on se rend compte qu’une activité importante  participe par son mouvement de va et vient à créer le lien entre les deux bourgs. Cette activité réunit en même lieu les marcheurs, les longe-côte et surtout les chars à voile, dont la pratique a commencé non loin de là à Coxyde et la Panne, commune belge frontalière.

Il faut dire qu’ici, le sable est ferme comme il faut et l’estran est généreux. Avec un rien de brise, la marée basse et la saison qui l’est également (la vitesse des chars s’accomodant mal de la présence des vacanciers), les voiles mobiles se livrent à un manège gracile.

Renseignements utiles :
–  La plage de Leffrinckoucke est à une dizaine de kilomètres depuis la frontière belge. Un bus urbain (Dk’bus) y mène de  Dunkerque. Traversée du Camping du Perroquet  compris (voir article), compter 15 Km pour retourner à pied à Dunkerque.
– La Dune Dewulf constitue la troisième et dernière dune de Flandres. Les dunes de Flandres disposent d’un site de présentation didactique et de promenade, assez complet, une fois l’interface maîtrisée.
– Le Fort des Dunes est bien présenté sur le site de la municipalité.
– Un article  bien résumé de la Voix du Nord sur l’Usine des Dunes, installation visible à partir du point culminant de la Batterie de Leffrinckouke.