Dune

Tardinghen et la baie de Wissant

C’est un endroit magnifique en sursis. Car la baie de Wissant est un paysage de dunes, de bois et d’étangs que la mer grignote, aspire, ampute selon les humeurs du temps. Il faut dire qu’en dehors du village la plupart des images montrées ici reflètent des paysages éphémères. Les blockhaus ont déjà disparu. Les coins à champignons à étonner jusqu’aux périgourdins aussi. Et demain, sans doute, ce sera au tour des étangs.
La petite – et adorable – commune de Tardinghen, au centre de la baie, perchée de manière prémonitoire, elle, est en retrait, dans l’attente d’une submersion du marais…

La maison des gens de Terd

La présence humaine dès la période gallo-romaine semble ici attestée. Les saxons – déjà !- envahissent cette côte peu habitée (entre 450 et 600 après JC).  L’appellation du bourg daterait du VII ème siècle. Dites tout haut « Tardinga haim » et vous aurez sans doute prononcé vos premiers mots en langue franque, à la façon de Terd, le germain, qui s’est installé dans le coin avec ses gens pour pratiquer l’agriculture.

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C’est sur la zone actuelle du marais que pouvait se situer le havre wissantais à l’origine d’un port fameux (voir l’article précédent traitant de l’histoire de Wissant). Tardinghen a du profiter de l’essor portuaire de Wissant. Il en a pâti aussi. Les anglais, en ravageant le secteur, on détruit le couvert végétal et bouleversé l’écosystème.

vXeHD Les anglais sont repartis sur la rive d’en face. Mais le havre a été refermé par un cordon dunaire limitant  l’écoulement des eaux terrestres et c’est ainsi que se sont créés la plaine maritime et les marais que l’on connait aujourd’hui.

 L’histoire sans fin 

Deux ruisseaux côtiers entrainent le surplus d’eau des étangs jusqu’à la mer. Mais il faut curer régulièrement ces cours d’eau, car le sable tend à s’y amonceler.  Jusque la Révolution, la question a posé problème : qui, de Wissant ou de Tardinghen, doit prendre la charge de ce travail ? Cette situation n’est pas sans évoquer l’actuel différend divisant plusieurs intercommunalités du Nord sur la question des wateringues.
La nature ne borne pas ses cohérences à la délimitations de nos propriétés et à  nos égoïsmes de clocher. Pour peu que nous ne lui opposons pas notre bêtise elle peut encore s’offrir aux gens intelligents et respectueux.

Du manque de respect, justement…

Pour le coup c’est raté. Il a fallu qu’on tape dans la dune pour construire la cité balnéaire voisine. Les allemands  construisent un peu plus tard, en 43, une ligne de défense à la hauteur du grand potentiel que représente le lieu pour un débarquement réussi au plus près de l’Angleterre. Le couvert végétal a été ravagé par les installations et la fréquentation anthropique.
Ainsi, depuis la fin de la seconde guerre mondiale le processus s’emballe au point de ne plus savoir vraiment à quel phénomène on doit un retrait des côtes de 300 mètres sur 50 ans. Les blockhaus construits dans la dune finissent dans l’eau. La pose de pieux brise-lames par endroits ne semble rien y faire.

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L’effet cocktail est la théorie la plus avancée. L’érosion éolienne est la première mise en cause. Mais l’eau et le jeu trouble des bancs au large de la baie semblent jouer un rôle important dans l’évolution des courants et l’érosion active de l’estran.

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Que faut-il alors faire ? Eh bien on en débat encore et sans argent sur la table.

Face à l’emportement d’une nature qu’il a outragée et dont il comprend mal les équilibres l’homme du XXI éme siècle reste encore démuni, toujours petit. Désespérément petit. Le plus désespérant n’est-il  qu’il ne s’en rend pas compte ?

Prochaine étape : l’ascension du Griz-nez  !

Renseignements utiles :

Il est grand temps d’arpenter les chemins balisés du marais, accessibles à partir de la route départementale (plusieurs parking. La plage du Châtelet et sa voie d’accès enchanteront encore quelques années le marcheur. A ce jour aucun de ces chemins ne présente de grande difficulté.
De Wissant au pied du Griz-nez, compter deux bonnes heures aller-retour. Le franchissement du ruisseau du Châtelet  nécessite des bottes ou de se déchausser. Un pont à l’intérieur de la dune permet de le franchir mais nécessite de ne plus cheminer sur la plage pendant plus d’un km.
• Une page d’ analyse de l’érosion de la baie de Wissant, avec une carte de localisation des dunes d’amont, d’aval, du Châtelet et de la Baraque Friquot.
• Le site des deux caps sur internet
• En savoir plus sur l’histoire du lieu avec Histopale
• Découvrir la faune et la flore du lieu avec le Conservatoire du littoral

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Les dunes comptent pas pour des prunes !

Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, voici un descriptif illustré la constitution de d’un cordon de protection vital pour le littoral.  Ce mini dossier a été publié dans la rubrique éponyme (menu haut) depuis maintenant un mois. Des commentaires ont été ajoutés grâce à la contribution de Denis Tirmarche.
Les plus pressés peuvent aller directement découvrir deux autres dossiers déjà réalisés… ou « suivre le blog » et patienter quelques jours !

Pour parcourir ce premier mini dossier « Du sable à la dune » : c’est par ici…

De la frontière belge à Bray-Dunes

La maison dans la dune.

C’est parti pour près de 5 000 Km de côte ! Autant accrocher la Lune à son chalut
Cette vue prémonitoire  de chalutier échoué s’est justement présentée à l’endroit  même où commence la côte française et mon  histoire. Face à la maison de la dune…

A0'-081013 Chalutier de lune1

Pour joindre la limite exacte qui sépare la côte belge de la française, Il n’y a d’autre moyen plus direct que de traverser le camping du Perroquet. Ses chalets, accrochés à la dune, donnent au tout des allures de kibboutz abandonné aux teintes mordorées du soleil couchant.
Arrivé à la Maison de la Dune, le bâtiment le plus septentrional du territoire français, je gagne la plage avec un peu d’appréhension sur  l’intérêt « photogénique » de cette marque de frontière côtière à laquelle j’étais résolu de ne pas échapper. Pas la peine de s’inquiéter : de marquage de frontière il ne semble ne pas avoir.
Ainsi donc, le « top départ » sera constitué de 4 vues cardinales : La Panne, en guise de salut fraternel à la Belgique avec laquelle nous partageons ici la même région transfrontalière : le « Westhoek » ; l’horizon Ouest, embrassant la côte des dunes de Flandres jusqu’au port de Dunkerque, avec Bray-Dunes au premier plan ; l’horizon marin de la Passe de Zuydcoote, au Nord ; et enfin la fameuse Maison de la dune, nom emprunté au roman (presque) éponyme de Maxence Van der Meersch (La maison dans la dune), qui dépeint bien l’atmosphère des années 20 dans ce « coin d’ouest ».

Quelques renseignements utiles :
Distance entre la frontière belge et Bray Dunes : 1,8 km. Promenade très facile
La frontière peut être jointe seulement à partir du Camping du perroquet  jusqu’au restaurant la Maison dans la Dune. En principe c’est ouvert au visiteur toute l’année. On se gare au niveau du restaurant, qui est à quelques dizaines de mètres de la plage.
– Entre le camping et Bray-Dunes se tient la plus septentrionale des dunes protégées de Flandres: la dune du Perroquet. Voir le site du Conservatoire  pour en savoir plus. Mini dossier sur les dunes réalisé par mes soins.