le port de Calais

Le port de Calais

Dossier associé : Les ferrys et le trafic transmanche (Dossier 9)

Chacun des ports de la côte d’Opale a sa petite spécialité. Un peu comme dans l’histoire des trois petits cochons. Dunkerque  pour le vrac et les volumes, Boulogne pour la pêche… et Calais pour le transit…Bien sûr, cette répartition n’est pas catégorique. Chaque localité s’est battue contre les autres pour attirer briques et ciment et ramasser tout ce qui peut faire bouillir la marmite qui éloignera le loup. Mais le loup est quand-même venu. Et le loup, c’est la compétition mondiale face à laquelle les ports auraient sans doute gagné d’avancer un peu plus en rang serré.  La population des trois ports décroit. Ici on manque de travail et cela n’aide pas à aborder les nouveaux défis sereinement.

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En attendant, Calais continue de vivre.  L’arrivée du tunnel sous la Manche n’a pas stoppé le ballet incessant des ferries, véritable pulsation de la cité littorale.

Mais le coeur de Calais bat au rythme des anglais. Et la construction de Calais Port 2015, prochain grand rendez-vous économique de la ville, ne semble pas déroger à l’habitude puisqu’il s’agira de desservir la façade est de l’Angleterre. La ville retient d’ailleurs souvent son souffle à cause de la proximité du royaume. Quand la couronne d’Angleterre désire un pied à terre en France, voilà la ville assiégée, affamée, annexée pour des années. Quand la révolution industrielle se construit outre-Manche, les premiers métiers sont montés pour la mondialisation de la renommée des dentelles de Calais. Quand la Grande-Bretagne est attaquée, la ville de Calais, par l’un ou par l’autre,  se retrouve décimée. Le cours de la livre augmente ? Les oulet centers et autres cash and carry viennent alors canaliser profitablement le déferlement de consommateurs anglo-saxons avides de marques, de bières et de vins…
Et c’est une fois encore le Royaume Uni qui est à la source du nouveau défi auquel la cité se voit confronté : le blocage des exilés à Calais, suite à la signature des accords du Touquet. L’esprit corsaire doit avoir fait son temps (il y en a eu à Calais, certes moins connus que Jean Bart et Surcouf). Il est temps d’apprendre l’anglais : le pas de Calais doit porter la ville jusqu’au coeur de l’Angleterre.

Quoi qu’il en soit, dans le vieux port de Calais et sur la plage, à l’est de de la ville, les tensions disparaissent au rythme du mouvement indolent d’impressionnants bateaux laissant malgré tout les pêcheurs à quai impassibles, de jour, sous la neige, comme de nuit…

Calais-jour

L’ambiance est  moins « mer du Nord » qu’à Dunkerque  On sent presque l’effet de cassure du trait de côte entamé par le site du cap Blanc Nez, non loin de là. Un urbanisme ingrat au premier abord ne vient pas à bout du charme des plans d’eau. Les grandes manoeuvres maritimes ont pris le large un peu plus à l’est. Mais la vue sur l’avant-port est totale, sans obstacle ni contre-jour.  On peut contempler les entrées de tous les navires à partir de la jetée. Jusqu’à l’ouverture du port 2015 en tout cas.

Cliquer sur les photos, pour une fois plus légendées que d’habitude !

Calais-neige

Le front de mer s’engourdit. Eloge à la lenteur. Tout s’arrête. Sauf la pêche. Sauf les ferries. Mes plus belles prises de Calais sont d’après moi ici.

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Il neige peu souvent à Calais. Nous en avons un peu profité.

Calais nuit

A l’approche de la nuit, c’est un ballet de lumières qui anime l’espace portuaire de scintillements éclectiques. Navires, enseignes et balises font en sorte que le port ne dorme jamais.

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Le prochain article sera pour une bonne part ensoleillée. Cap sur Blériot-Plage et sa forêt de cabines.

Renseignements utiles

  • Sur la complémentarité et les rivalités des ports de Flandre occidentale au Moyen-Age, voici un article d’un chercheur ;
  • Un ouvrage en ligne traitant de l’essor de Calais fin XIXème début XXème, qui façonna l’activité économique de la cité jusqu’à ce jour
  • Le rapport du CESER « Région Nord ‐Pas de Calais : quelle stratégie pour le ports de la façade maritime ? » détaille les enjeux et les difficultés d’aboutir à une  action concertée des ports de la côte d’Opale.
  • A lire (c’est synthétique), le projet de territoire de la CCI Côte d’Opale
  • Le site du Port de Calais
  • L’histoire de Calais, que je n’ai pas détaillée, est ici
  • Et ici, es photos historiques de l’aménagement du front de mer
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Calais, front Est… et rien de nouveau

Les lecteurs soucieux de l’image de Calais vont certainement maudire cette page, et d’autres encore s’en trouver déçus, mais voilà…  En cheminant d’Est en Ouest dans le sens de la marche, on traverse d’abord une zone qu’il serait difficile de trouver heureuse. L’arrivée à Calais donne donc cela… Un mur blanc face à la mer.

La rocade qui entaille la partie orientale de Calais enfilait déjà les mondes les plus crus comme des perles. Sitôt les tours résidentielles du Beau-Marais dépassées, on surplombe des dunes malades d’être trop proches des turpitudes humaines. Il y a aussi, sur le front de mer, le vaste espace goudronné d’un terminal d’hoverport désaffecté (Voir les renseignements utiles)… et puis ces losanges enflés de métal noir que Tioxide présente sans pudeur aux vents marins. Mais l’usine est sur le point de fermer. Enfin, on tombe sur le gigantesque terminal des ferries pour l’Angleterre.

Ah oui ! Il y a aussi cet « exit » dont on peine à croire qu’il mène aussi au centre d’une ville, tellement le bout de tout semblait atteint.

La touche finale de ce décor en attente de nouveaux devenirs vient d’être apportée par une double clôture de métal blanc érigée sur plusieurs kilomètres, dans le prolongement d’un camps des réfugiés placé à l’endroit même du milieu naturel concédé par la chambre de commerce en compensation des dérangements causés par les prochaines infrastructures portuaires.

La « jungle », comme on pensait que les afghans l’appelaient. La « lande », comme les autorités préfèrent la nommer. On parle même de « new jungle » aujourd’hui, pour qualifier cet ultime emplacement concédé.

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A Calais, les nuages sont redessinés, gribouillés aux barbelés. Certes, on protège partout les installations portuaires. Mais jamais a ce point là…

Comme pour bon nombre de murs séparant les lieux, les hommes les uns des autres, le rideau de fer blanc de Calais symbolise toutes les incapacités d’intégrer.

Intégrer véritablement pourquoi ces gens sont là. Et d’en déduire l’obligation de les accueillir comme il se doit.

Intégrer que la présence de réfugiés à Calais est inévitable et durable. Et que la cité doit se préparer à construire une véritable économie tournée vers l’hospitalité. Il lui faut même prévoir non plus de gérer l’afflux mais de vivre  avec une communauté d’exilés, comme cette région sut le faire par le passé. Ce qu’elle peine aujourd’hui à envisager. Et c’est peut-être l’absence d’issues à venir pour chacun qui fait le plus mal.

Car tout le monde ou presque est dans la peine… Les riverains plutôt aidants, sont maintenant accablés par la concentration provoquée. Les professionnels sont exaspérés par la gêne et par les risques. Les forces de l’ordre sont dépassées. Les bénévoles des associations caritatives sont épuisées. Mais elles continuent, soutenues par la solidarité de commerçants et de nombreux donateurs individuels.

Les réfugiés, eux, sont aussi à bout. L’attente sur place est plus longue. Les manifestations d’hostilité sont plus pesantes. Les passages sont plus difficiles et plus risqués. Les conditions de survie sont indignes. Vraiment indignes.

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La mer ? La pire des barrières. Peut-être déjà bravée ailleurs dans la peur et la douleur, elle le sera encore, c’est sûr, s’il n’y a pas d’autre moyen. Pour un peu plus de sécurité. Pour un peu plus d’avenir.

D’autres aspects auraient pu être abordés sur la partie Est de Calais. J’ai choisi de ne pas le faire par respect pour tous les gens pour qui l’avenir s’est arrêté à Calais. J’adresse une pensée à ma grand-mère Virginie Théry épouse Lenaerts, par deux fois évacuée, qui m’a tout raconté.
Dans le prochain article, nous découvrirons comment le pouls économique de la zone portuaire continue de battre malgré les difficultés. Et nous parlerons quand-même d’avenir, avec le port de Calais 2015. Je conseille toutefois de parcourir deux pages sur les Hovercrafts ci après, car je ne pense pas en reparler.

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