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Sangatte, porte de sable

Il semble filer sur l’estran comme nulle part ailleurs. Il sépare la cité de la mer d’un mince, si mince cordon dunaire que l’on en vient à croire que « zand gate« ou « sand gate » est bel et bien la racine saxonne du nom de Sangatte. Le sable court ici sur 8 kilomètres de plage. Et la station doit son salut au fragile amas de ses grains capturés par les oyats.

Sangatte est une station balnéaire. Sangatte, c’est aussi « la porte d’à côté » pour aller en Angleterre : une porte à côté de Calais. Ainsi, au cours des deux précédents  siècles, la commune fut le théâtre des premières tentatives de liaison transmanche, souterraine et aérienne.
Mais si l’on connaît aujourd’hui le nom de Sangatte partout ailleurs, c’est parce que la commune a vu naître en 1999, puis disparaître en 2002 un véritable lieu d’accueil des réfugiés cherchant à gagner l’autre rive du détroit. Quand la fermeture fut effective, la situation est passée de pénible à totalement catastrophique.
Sangatte est aussi une ville réellement menacée par les flots… Par  « porte de sable« , les anciens, plus réalistes que poétiques, entendaient désigner un accès facile de l’eau par un lieu déjà connu pour sa fragilité face aux assauts de la mer.

La porte d’un delta

Depuis la frontière belge, en fait nous évoluons sur du plat, tantôt sur des zones de polder conquises sur la mer, tantôt sur un ancien delta. Sangatte marque la limite occidentale du delta de l’Aa, juste avant que ne commencent les collines de l’Artois. Malgré les invasions marines, on semble avoir habité là depuis très longtemps, avant que la mer ne couvre pendant un temps les lieux, comme à Dunkerque, au temps de Charlemagne. En tout cas, une voie gallo-romaine, le chemin de Leulène, aboutissait déjà à Sangatte.

La porte aux loisirs

A Sangatte, on vient profiter de l’eau, du sable et du vent, de la nature aussi. La commune est dotée de plusieurs sites biologiquement remarquables et offre de superbes points de vue sur le port de Calais, sur la commune même, sur le trafic transmanche et sur les côtes anglaises.

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Un rideau ouvert vers Angleterre

Elles sont tellement proches, ces côtes anglaises, que Portus Itius, le fameux point de départ de Jules César et de son armée pour l’Angleterre en moins 56 av. JC, pouvait être concevable à partir de  Sangatte,

C’est à Sangatte que par deux fois, on tenta de creuser un tunnel sous la Manche, en 1875 et en 1974. Un puits d’accès à l’actuel tunnel  y a également été creusé.
Et c’est aussi à Sangatte que Louis Blériot, cet ingénieur nordiste, pionnier du ciel,  réalisa la première traversée de la Manche le 25 juillet 1909, au nez et à la barbe de son ami Hubert Latham, aventurier intrépide, trahi par son moteur six jours auparavant.

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D’autres pilotes comme Jacques de Lesseps graveront eux aussi l’histoire de l’aéronautique dans cette commune.
Une quinzaine d’années après la première traversée, le conseil municipal décidera de lier le souvenir de l’exploit du premier vainqueur de la traversée à la ville en nommant « Blériot-Plage » le lieu-dit des Baraques d’où le pilote décolla.
« Sangatte Blériot-Plage » est d’ailleurs le nom que la cité s’est donné aujourd’hui.

Bilan et perspectives d’une commune contrariée  par les flots

Plusieurs fois envahie par la mer (la dernière fois, en 1953), Sangatte voit ses défenses régulièrement dégradées (la digue, lors de la tempête Xinthia par exemple). La question de la submersion est ici à prendre au sérieux. Les aléas de submersion ont été calculés avec une surcôte de 0,60 m en prévision du changement climatique. Des travaux sont en cours pour protéger les habitations.

En tout cas c’est beau !

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Prochaine étape : le cap Blanc Nez ! Attention les yeux !

Renseignements utiles :

• La promenade le long des 8 kilomètres de plage ne présente pas de difficulté. Elle est cependant problématique à marée haute et à fort coefficient. L’alternative derrière la dune du Fort Mahon, puis le long de la RN est beaucoup moins intéressante (on ne voit pas la mer, déjà). par temps sec et vent fort SO ou NE, le déplacement du sable sur l’estran peut rendre la promenade désagréable en jupe ou en short, notamment.
• Pour tout savoir sur une étude de danger de submersion et sur le cas de Sangatte, un rapport de 2013 à télécharger
• Le site de la commune de Sangatte Blériot-Plage  et son très beau logo vintage. Pour prendre connaissance des travaux d’enrochement de la digue aussi.

 

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Malo, reine du nord

Malo porte le nom du fils du dernier corsaire dunkerquois, qui fut à l’origine de la station. Certes, nous sommes déjà à Dunkerque. La station balnéaire de Malo est rattachée à cette ville depuis 1970, mais n’empêche ! Malo garde suffisamment de caractère et de prestige pour se donner, quand elle veut un petit air de principauté sans rocher. Prestige de sa bande de carnaval. Prestige de son « Kursaal ». Prestige enfin et surtout de sa magnifique plage. Sans oublier ses belles demeures tournées vers la mer…

Dans les Flandres, le carnaval reste une tradition bien présente. Mais c’est incontestablement à Dunkerque et dans son agglomération que se tiennent les plus fameuses « bandes », dont les dates fluctuent au gré du mardi gras. On remonte au XVIIème siècle pour observer que les armateurs organisaient une fête pour les pêcheurs avant leur départ pour six mois de campagne en Islande. On profitait aussi de l’occasion pour verser aux pêcheurs la moitié du salaire en acompte. La forme actuelle du carnaval serait ensuite façonnée par diverses circonstances. Le travestissement, par exemple, est survenu par l’arrivée des masques dans la fête un jour où celle-ci s’est déroulée le mardi gras. Les ombrelles, pour leur part, ont investi le carnaval une fois où la météo a fortement suggéré l’usage de parapluies. Et depuis elles y sont restées… Le point culminant de ces festivités dunkerquoises, qui s’étalent sur trois mois, se situe au moment des « Trois joyeuses », trois jours de pure folie et d’allégresse, qui débutent le dimanche précédent mardi gras avec la « Bande des pêcheurs » et son lancé de harengs du haut du beffroi de l’Hôtel de ville de Dunkerque. La bande de Malo, qui se tient le dimanche qui suit le mardi gras, est parfois appelée la « Quatrième Joyeuse  » en raison d’une popularité n’enviant rien à ces trois soeurs aînées. La bande de Malo est aussi réputée pour être familiale. Les enfants y prennent part. Si Malo est un haut lieu du Carnaval, c’est aussi en raison des bals les plus renommés qui s’y déroulent, grâce à l’existence de l’imposant Kursaal (terme désignant des salles de loisirs des Flandres). Le Kursaal est en bord de mer. Le Bal du chat noir ouvre la saison carnavalesque du Kursaal… Le Bal des corsaires, grandiose, est le plus populaire. Tous ces bals ont des finalités philanthropiques depuis leur origine. Le bal des corsaires, par exemple, pourvoit d’importantes sommes pour soigner les enfants dunkerquois malades et contribue à financer la Société Nationale de Sauvetage en Mer (la SNSM).

Mais le Kursaal n’est qu’une boîte et le Carnaval, un roi bien éphémère… Le vrai souverain des lieux reste bien la mer. Sa reine, c’est incontestablement la plage. D’ailleurs on la dit reine des plages du nord. Et ce qui marque le royaume de Malo, c’est la marée humaine, cour improbable occupant mer, sable et digue au moindre beau jour. La foule évolue à pied, en vélo, en petite foulée, en rollers, en char, sur une planche, en short, en combinaison de plongée, en maillot de bain, ou sans, avec pagaie, sans pagaie, ou encore une glace, une couque suisse, un verre ou une coquille de moule à la main… Il n’y a guère qu’un ou deux chiens négligemment tenus en laisse pour troubler la paisibilité d’un patchwork d’activités pour le moins impressionant, digne d’une scène de rue filmée sur la planète Tatooine. Nous assistons à ce mélange de sérénités déambulantes à Malo, quartier dunkerquois calmé par un puissant antalgique dont le principe actif serait constitué de la lumière solaire et du lent mouvement des flots. Un front de mer comptant quelques superbes villas répond à sa manière à la superposition des activités humaines et donne un vrai cachet à la station, pourtant frappée par la guerre. L’opération Dynamo y a même laissé des épaves.

Renseignements utiles : – La digue de Malo fait bien son kilomètre. Plage et digue sont très praticables. – Malo dispose de nombreux commerces pour se ravitailler, de bars, de restaurants et d’un excellent glacier italien. – Voici un blog riche de vues plus ou moins anciennes de Malo et de son architecture. Il faut cliquer sur les articles. – Et pour le carnaval… C’est très riche sur internet. Et il y a pas mal de bon… Qui peut me suggérer le meilleur ?